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Rigueur — citation de Nicolas Boileau : « Hâtez-vous lentement »
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Rigueur…

Ce mot m’est revenu récemment, en repensant à une mission qu’on m’avait proposée liée à une introduction en bourse. Très vite, on m’avait suggéré de signer des documents destinés à être déposés auprès de l’AMF — sans que je procède moi-même à l’ensemble des vérifications que j’estimais indispensables. En clair : considérer comme acquis, valide, certifié, ce que j’étais précisément censé contrôler. La situation était très « très » inconfortable pas sur un plan technique mais sur le plan humain. Très rapidement, j’ai décidé d’arrêter cette mission, sans même réclamer les frais déjà engagés mais simplement parce qu’il m’était impossible de signer ce que je n’avais pas vérifié moi-même. Croyez moi, cela n’a vraiment pas été simple … Je sais qu’une autre personne, quelque temps plus tard, a accepté ce qui m’avait été proposé. Cette situation m’a forcé à me poser une question simple : qu’est-ce que la rigueur recouvre vraiment ? Lorsqu’un document engage la confiance d’investisseurs ou d’institutions, la rigueur cesse d’être une précaution technique. Elle devient une responsabilité, elle n’est ni une méthode, ni une posture. C’est une manière d’être — et en particulier dans ce cas d’une certaine idée que l’on a de soi-même. Dans nos missions d’experts de justice, elle se manifeste rarement dans les grandes démonstrations, elle apparaît surtout dans ces moments pendant lesquels il faut accepter de ralentir, de poser des questions qui dérangent, de vérifier encore quand tout semble déjà cohérent comme une évidence. La tentation inverse existe bien sûr : faire confiance trop vite, considérer qu’un contrôle a déjà été réalisé, signer parce que l’ensemble paraît raisonnable. Mais la rigueur commence précisément là où l’on refuse ce raccourci. Dans ces cas, elle est moins une question de compétence qu’une question de conscience. Elle ne protège pas seulement l’expert, elle protège aussi ceux qui, un jour, s’appuieront sur ses conclusions pour prendre des décisions qui comptent. Nicolas Boileau disait : « Hâtez-vous lentement. » Trois siècles plus tard, la formule tient toujours… Aller vite ne dispense jamais de vérifier où l’on engage sa signature, et a forciori ni ce qu’elle dit de soi. Et vous — avez-vous déjà été confronté à ce type de choix ? Si oui, comment vous en êtes vous sorti ?

Sagesse — citation d’Albert Einstein : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré »
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Sagesse

Dans nos missions d’expertise, on attend de nous que nous tranchions, que nous décidions, que nous apportions une réponse claire à des situations réputées inextricables (sinon, à quoi servirait l’expert…). Mais la sagesse ne consiste pas toujours à décider ; elle consiste dans notre cas à éclairer. L’histoire de Salomon l’illustre avec force. Face à deux femmes revendiquant le même enfant, il ne choisit pas entre deux versions opposées ; il crée les conditions pour que la vérité se révèle d’elle-même. En proposant de partager l’enfant, il ne décide pas, il provoque une réaction… et, dans cette réaction, la vérité s’impose. Dans nos missions d’expertise, cette posture prend tout son sens. Notre rôle n’est ni de prendre parti, ni de forcer une conclusion. Il est par contre de structurer, d’analyser, de mettre en lumière. Il est d’organiser les éléments du dossier, de confronter les points de vue, de poser les bonnes questions, celles qui permettent de dépasser les positions initiales et de faire émerger une compréhension plus juste. Mais cette mise en lumière ne peut se faire hors du temps. Le temps de l’expertise est une donnée essentielle : temps du contradictoire, temps de la réflexion, temps nécessaire pour que les positions évoluent et que les évidences apparentes soient analysées, interrogées. Vouloir aller trop vite, c’est risquer de figer une compréhension incomplète ; mais ne jamais conclure, c’est laisser le temps diluer la portée même de l’expertise. Cette exigence s’inscrit d’ailleurs dans une continuité. Après avoir évoqué le doute comme une discipline nécessaire, l’optimum comme un point d’équilibre à atteindre, ou encore l’indépendance comme une ligne de conduite, la sagesse apparaît comme une forme de synthèse. Elle ne remplace pas du tout ces exigences, elle les ordonne. L’expert n’est pas celui qui impose une vérité, mais celui qui rend possible son apparition. Cela suppose une forme de retenue, presque une discipline : ne pas céder à la tentation de conclure trop vite, ne pas combler les silences, ne pas simplifier à l’excès ce qui mérite d’être compris dans toute sa complexité. Cela suppose également d’accepter que la vérité ne soit pas toujours immédiate, qu’elle se construise progressivement, dans le temps, au fil du contradictoire et des échanges. La sagesse de l’expert, c’est peut-être cela : ne pas chercher à avoir raison à tout prix, mais permettre à ce qui est juste d’apparaître, au moment où cela peut encore éclairer celui qui aura à décider. Car une vérité imposée reste contestable, alors qu’une vérité révélée s’impose d’elle-même. Comme le rappelait Albert Einstein : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. » Une phrase simple, mais, en expertise, une clé de lecture…

Liberté — citation d’Épictète : « N’est libre que celui qui se gouverne lui-même »
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Liberté !!!

Le mot est familier. Il est inscrit sur le fronton de nos mairies, au cœur de notre devise républicaine, comme une évidence silencieuse tant il fait partie de notre environnement. Et pourtant, ailleurs, ce même mot est crié. Il devient résistance, parfois survie. « Femme, Vie, Liberté » n’est pas une formule, c’est une nécessité. C’est le rappel que ce qui semble acquis ici ne l’est pas partout, et que la liberté, loin d’être un état, demeure un combat souvent discret, parfois visible, mais toujours à reconquérir… y compris dans nos démocraties, à commencer par celle qui est considérée comme la plus grande d’entre elles. Comment ne pas penser, à cet égard, aux femmes afghanes. Désormais reléguées hors du champ social, exclues de l’éducation, de l’espace public, du travail, de la parole. À cet instant, la liberté ne se discute plus, elle disparaît. On en vient là à cette idée on ne peut pas plus obsédante : dans certains contextes, la privation est telle qu’elle dépasse ce que l’on accepterait même pour un animal : voir des deux yeux (on a retiré aux femmes le droit de voir des deux yeux quand elle sont à l’extérieur !!!), se mouvoir en dehors de l’espace clos du domicile, exister au regard des autres… relèvent des fondements mêmes de toute condition libre. La liberté dans l’expertise Après avoir traiter des ces situations horribles, la liberté du cadre de nos missions d’expertise pourrait sembler bien secondaire. Elle ne l’est pourtant pas. L’expert intervient en effet dans un cadre structuré, encadré, soumis à des règles procédurales précises — certains parleraient même de carcan. Mais au sein de ce cadre, une liberté essentielle doit être préservée : celle de penser (liberté qui n’est pas réservé à Florent Pagny …). Penser librement, analyser avec recul, formuler une position sans céder aux influences, qu’elles soient explicites ou plus diffuses, visibles ou plus insidieuses, constitue une exigence fondamentale. Cette liberté-là n’a rien d’évident. Elle suppose une discipline, une vigilance, une honnêteté intellectuelle. Etre libre, dans l’exercice de l’expertise, ce n’est pas faire ce que l’on veut, c’est être capable de se gouverner soi-même. Se gouverner, c’est savoir reconnaître ses propres biais, c’est accepter de les interroger et aussi et surtout de les corriger. C’est résister aux évidences trop rapidement admises sans vouloir les rejeter ensuite malgré des faits nouveaux, c’est ne pas succomber aux attentes souvent perceptibles des parties et de leurs conseils. C’est en fait ne pas céder à la facilité qui est souvent la forme la plus discrète de renoncement. Le contradictoire, condition de la liberté Mais cette liberté ne se vit pas seul, il faut également accepter celle des autres : celle de contredire, de discuter, de remettre en cause, à commencer par s’écouter, sans jamais accepter que le débat ne dérive vers l’affrontement stérile. Le contradictoire n’est pas une contrainte ; il est une condition de la liberté en expertise. Il oblige à préciser, à justifier, à expliquer… et parfois à revoir. La liberté de l’expert ne consiste donc pas à s’affranchir du cadre, mais à s’y inscrire sans s’y noyer, sans jamais renoncer à éclairer les juges qui nous ont missionnés. Cette liberté se situe dans cet équilibre délicat entre indépendance et responsabilité, entre expression et rigueur, entre conviction et démonstration. Elle n’est jamais définitivement acquise. Elle se construit dans le temps, au fil des missions, des échanges, des remises en question. Elle se protège également, car elle peut s’éroder, petit à petit, sous l’effet de l’habitude, de la pression… ou, plus simplement de la facilité. Et dans un monde où certains doivent encore lutter pour être reconnus comme des personnes libres voire pour simplement exister et vivre, ce mot retrouve toute sa portée, y compris dans nos pratiques les plus techniques. Il nous rappelle que la liberté ne se réduit pas à un principe affiché, mais qu’elle engage une manière d’être, de se connaître et de se comporter — vis-à-vis des autres, mais aussi vis-à-vis de soi-même. Comme le rappelait Épictète : « N’est libre que celui qui se gouverne lui-même. » Une formule ancienne, qui invite à se connaître, à se maîtriser, à se respecter… en expertise comme dans la vie en général. Un objectif, plus qu’un état.

Optimum — citation de Voltaire : « Le mieux est l’ennemi du bien »
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Optimum …

Ce thème m’est venu en observant certains experts qui peinent à se conclure leurs missions, non pas faute de travail, bien au contraire, mais parce que la recherche d’une perfection finit par éloigner, parfois indéfiniment, le moment de conclure, de rendre son rapport. Il y a, dans cette quête, quelque chose de profondément humain : le désir de bien faire, le refus de l’à-peu-près, la volonté de ne rien laisser au hasard. Et pourtant, cette exigence peut se retourner contre elle-même et devenir un obstacle là où elle se devait être un engagement. Entre l’optimum et la perfection, il n’y a pas seulement une différence de degré, mais une véritable différence de nature. Alors que l’optimum appartient au réel s’inscrivant dans le temps, dans les contraintes, dans les limites mêmes de toute décision, la perfection, elle, relève d’un idéal qui se dérobe à mesure que l’on croit s’en approcher, comme si elle n’existait que pour repousser sans cesse le moment de l’achèvement telle la ligne d’horizon pour le navigateur. Cette « tension » ne concerne bien évidemment pas uniquement les domaines de l’expertise, elle s’applique également la décision judiciaire, qui doit être rendue dans un temps donné pour conserver son impact, mais aussi, plus largement, l’ensemble de nos décisions du jour le jour. Combien de décisions différées, affinées, repoussées au nom d’un mieux qui ne vient jamais, jusqu’à perdre, peu à peu, leur raison d’être ? Dans nos missions d’expertise comme dans l’acte de juger, il existe un point d’équilibre fragile entre la justesse et le temps. Une analyse ou une décision, pour être utile, doit être suffisamment aboutie pour éclairer, mais elle doit également intervenir au moment où elle peut encore produire des effets. Toute la difficulté réside alors dans cette capacité à s’arrêter : non pas par renoncement, ni par facilité, mais par lucidité. Il s’agit de comprendre que poursuivre n’ajoute plus à la compréhension, mais seulement au délai, et que toute connaissance humaine demeure limitée et perfectible. L’optimum devient ainsi une forme de sagesse, presque une discipline, qui consiste à accepter ce que l’on peut atteindre sans se perdre dans ce que l’on ne pourra jamais achever. Car il est des travaux, des décisions ou des choix de vie qui ne se prolongent pas par exigence, mais par refus de conclure, comme si différer permettait de mieux servir la vérité ou de mieux se protéger de l’erreur. Une décision trop tardive, qu’elle soit technique, judiciaire ou personnelle, n’éclaire plus réellement. Comme le rappelait Voltaire : « Le mieux est l’ennemi du bien. » Une formule ancienne, mais, au-delà même de l’expertise, une invitation à préférer le juste à l’inachevable.

Doute — citation d’Henri Poincaré : « Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes »
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Doute …

Ce doute n’est bien entendu pas confortable ; il nous bouscule, il interroge, il dérange jusque dans nos certitudes les plus solides. Dans nos missions d’expertise, il est pourtant omniprésent. Je ne parle pas ce doute ordinaire, celui que l’on dissipe en un tour de mains, mais d’un doute plus profond, plus exigeant, d’un doute qui oblige à penser. Car expertiser, ce n’est pas appliquer mécaniquement un raisonnement. C’est accepter que ce que l’on croyait solide puisse trembler, qu’une hypothèse initiale puisse être fragilisée, corrigée… voire même abandonnée. Le doute devient alors une forme de vigilance, une discipline. Il oblige à ne pas prendre les mots pour des idées, à chercher ce qu’il y a derrière les affirmations, à écouter sans adhérer, à comprendre sans céder. Dans la pratique, il accompagne chaque étape de nos missions, que ce soit une pièce du dossier qui interroge, une chronologie qui dissone voire une démonstration trop parfaite pour être vraie. C’est alors que le doute s’installe, et ce doute là devient utile pour creuser et non pas pour bloquer. Un doute bien utilisé est un moteur puissant, il nourrit l’analyse et empêche de céder à la facilité des évidences. Mais il faut aussi savoir le contenir… à force de douter, on peut finir par ne plus rien décider tout comme, à l’inverse, à force de certitudes, on finit par ne plus réfléchir. On attend de l’expert d’avancer donc sur une ligne « étroite », entre lucidité et engagement, entre remise en question et nécessité de conclure. Douter, au fond, c’est aussi accepter de se tromper, de changer d’avis, de refuser l’obstination… sans jamais tomber dans l’indécision. C’est peut-être aussi ce qui distingue l’analyse de la conviction. Comme le rappelait Henri Poincaré : « Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. » Une formule ancienne mais on ne peut pas actuelle, et… en expertise, une ligne de conduite.

Envie — Évangile selon Matthieu : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur »
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Envie

L’envie, un vrai moteur … mais gare aux sorties de route …  Cette envie nous pousse à avancer, à partager, à nous engager, que ce soit pour la justice ou, comme moi, au sein d’une compagnie d’experts. Mais attention, l’envie peut aussi prendre une autre tournure, elle peut aussi se transformer en un simple désir de reconnaissance, de visibilité. Certains sont prêts à tout pour avoir un nom sur une carte de visite, avec leurs titres, leurs fonctions, et pourquoi pas « expert de justice » ? D’autres vont même jusqu’à imaginer, voire préparer leur faire-part mortuaire, en ne laissant que quelques lignes pour la famille et les proches. Rien de mal à avoir « expert de justice » sur sa carte de visite, tant que ça ne devient pas une obsession. L’expertise, ce n’est pas juste une appellation, ça ne tient pas dans une ligne imprimée. ça se construit bien sûr dans les dossiers, dans le débat, dans l’exigence, souvent silencieuse, du travail bien fait. Quant à la présidence d’une compagnie d’experts que je quitte dans quelques semaines, elle implique se mettre au service, à l’écoute des adhérents, à l’organisation d’évènements, à la rencontre avec présidents et procureurs, supporter les personnes en difficulté, aider les nouveaux inscrits… en fait cela demande du temps, beaucoup de temps, du temps pris sur le reste qui ne diminue pas pour autant. L’envie, c’est donc un bon point de départ, mais il ne faut pas que ça devienne une fin en soi. Et si c’est le cas, cette envie passe d’une aspiration légitime à un faire-valoir, une illusion de statut. Comme il est écrit dans l’Évangile selon Matthieu, 6:21 : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Une phrase simple, mais qui pose la vraie question : où place-t-on vraiment le sens, voire le bon sens, de ce qu’on fait ?

Manipulation — citation de François de La Rochefoucauld : « Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu’à la fin nous nous déguisons à nous-mêmes »
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Manipulation

Ce mot dérange, voire offense. Il évoque immédiatement le négatif, une intention cachée, une volonté d’influencer, voire de détourner. Dans nos missions d’expertise, la manipulation peut être présente, bien qu’elle soit souvent subtile, diffuse et parfois même imperceptible. Dans nos missions, la manipulation peut prendre plusieurs formes.  Des questions orientées, un silence stratégique, des réponses partielles ou encore la mise en avant d’un élément précis pour en faire oublier d’autres sont autant de techniques qui peuvent être utilisées.  Il est important d’être conscient de ces actions pour mieux les appréhender et y répondre efficacement. Faut-il pour autant l’ignorer ?.. Je ne pense pas. Comprendre les tentatives de manipulation, c’est un peu comme décoder un puzzle.  Ça nous aide à saisir le dossier dans son ensemble, à repérer les tensions et les enjeux importants, et à identifier les points faibles. En bref, c’est une clé précieuse pour mieux appréhender la situation. Dans ce contexte, la manipulation devient presque un outil d’analyse, non pas pour s’y laisser prendre bien sûr, mais pour essayer de la comprendre. Dans son livre « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », Robert-Vincent Joule nous explique que la manipulation n’est pas toujours évidente. Elle se cache souvent dans des gestes du quotidien, presque imperceptibles, qui influencent nos choix sans qu’on s’en rende compte. En tant qu’expert, il est essentiel de rester attentif, d’écouter attentivement, d’observer et de croiser les informations et bien entendu prendre du recul pour disposer d’une perspective plus claire. Se laisser manipuler, c’est trop souvent perdre de vue « son propre point de vue ».  Mais ne pas repérer ces manipulations, c’est aussi risquer de passer à côté de l’essentiel. Comme le rappelait François de La Rochefoucauld : « Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu’à la fin nous nous déguisons à nous-mêmes. » Une formule ancienne, mais, en expertise, une invitation à rester attentif et lucide.

Obstination — citation de Keynes : « Quand les faits changent, je change d’avis »
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Obstination

Dans nos missions d’expertise, tenir bon et résister aux pressions, c’est essentiel.  Mais attention, il ne faut pas que cette ténacité devienne de l’obstination ! Parfois, une hypothèse formulée au début prend trop de place et bloque notre analyse. Même quand de nouveaux éléments apparaissent ou que certaines données la fragilisent, on a tendance à s’y accrocher. Changer d’avis, ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est au contraire un signe de force ! Refuser d’évoluer, c’est risquer de s’éloigner de la réalité. L’expertise, ce n’est pas confirmer ce qu’on pense déjà, c’est plutôt un cheminement. Il faut accepter que les faits nous fassent changer d’avis, que nos hypothèses initiales soient corrigées, amendées, voire abandonnées. Changer d’avis, c’est progresser, ce n’est pas céder !!! Comme le disait Keynes : « Quand les faits changent, je change d’avis. Et vous, que faites-vous ? » Une question simple, mais qui est une exigence fondamentale en expertise.

Indépendance — citation de Nelson Mandela : « Il n’y a rien de tel que la liberté sans indépendance »
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Indépendance

C’est un mot que l’on invoque souvent, mais dont certain en mesure mal l’exigence. L’indépendance de l’expert ne se limite pas à une simple déclaration en début de mission ; c’est une ligne de conduite, une construction quotidienne qui se tient, même quand le temps est à l’orage. L’expert évolue dans un environnement complexe ou s’entrecroisent les parties, leurs conseils mais aussi leurs attentes et de plus en plus les tensions. Et, de temps en temps, un pression médiatique peut s’inviter jusque dans les dossiers que l’on ne croyait que techniques. Dans ce contexte, l’indépendance n’est jamais acquise, elle se travaille, elle demande du courage pour résister aux influences extérieures et beaucoup de maitrise pour éviter ses propres biais. Il faut garder le cap, même quand la tempête pousse à s’en écarter. L’expert n’est en aucun cas juge, il contribue à une répondre à des missions qui exigent de la rigueur : produire une analyse libre, fondée, et pleinement assumée pour éclairer la justice. À cet égard, le rappel de Simone Rozès, dont on fête les 106 ans cette année, conserve toute sa force : l’indépendance n’est pas un privilège, mais une exigence au service de ceux pour lesquels la décision est rendue. L’expert, à son modeste niveau, en porte une part. Et dans le cadre de la justice, cette indépendance devient essentielle. Elle assure que chaque voix est entendue, chaque fait est scruté, et chaque décision repose sur des éléments factuels, des éléments établis. Comme le suggérait Madiba (j’ai habité pendant près de 3 ans dans « son » pays …) : « Il n’y a rien de tel que la liberté sans indépendance. » Une phrase simple : mais, en expertise, elle devient notre mantra.

Humilité — citation de Socrate : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien »
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Humilité…

Un mot discret. Presque à contre-courant de ce que l’on attend parfois de l’expert… Et pourtant… L’humilité, c’est d’abord savoir dire non, savoir refuser une mission qui dépasse ses compétences, ses spécialités. C’est aussi savoir s’entourer. Faire appel à un sapiteur lorsque la question posée excède ponctuellement son champ d’intervention. C’est également accepter de ne pas tout savoir, mais c’est aussi accepter de changer d’avis. Au fil des opérations, des pièces versées au dossier, des réunions d’expertises, des dires, une analyse peut évoluer. L’important n’est pas de rester figé. L’important est d’expliquer, de justifier, de rester cohérent. L’humilité, c’est encore poser des questions, c’est chercher à comprendre, y compris les motivations des parties, au-delà des positions affichées. Car l’expert n’est pas là pour avoir raison, il est là pour comprendre… puis, in fine, éclairer la juridiction qui nous a chargé de la mission d’expertise. Comme le rappelait Socrate : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. » Et bien, non, cette phase n’est pas de Jean GABIN comme tendrait à le croire les plus anciens d’entre nous ¯\_(ツ)_/¯ La formule est connue, mais elle reste, pourtant, d’une exigence redoutable. Nota : A l’adresse de ceux que le masochisme moral de la notion d’humilité choquerait, nous pouvons aussi parler de « modestie”, qui consiste à faire de soi autant de cas qu’il ne faut, ni plus ni moins : car le métier exige aussi une certaine fierté, une certaine dignité. La modestie est une vertu de juste milieu, comme le dirait Aristote, entre l’excès positif (orgueil et vanité) et l’excès négatif (humilité).