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Résilience — citation de Leon C. Megginson (1963), paraphrasant L’Origine des espèces : « Ce n’est pas l’espèce la plus intelligente qui survit, ni la plus forte, mais celle qui s’adapte le mieux au changement »
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Résilience

La mission de l’expert judiciaire qui est d’éclairer la justice ne va pas sans passions (déception, ressentiment, colère…), et l’intensité du pathos ne manque pas d’abîmer le lien social jusqu’à le fragiliser gravement. On en vient alors à parler de “résilience”. Le concept de Boris CYRULNICK a le sens anthropologique et psychologique de “renaissance” à partir de la conscience de la souffrance vécue, donc une forme de convalescence, de réconciliation avec soi-même, les autres, le monde et la vie… Il se trouve que “résilience” peut avoir un sens plus ancien, plus profond, plus physique, en phase avec cette tension du lien social : en “expert métallurgiste” que je suis, je traite de la résilience comme étant la capacité d’un matériau à absorber de l’énergie lors d’un choc sans se rompre de manière fragile avec l’objectif de qualifier leurs aptitudes à résister à des impacts. … La métaphore du réel du matériau au réel psychique, au réel social voire même au réel politique est féconde, histoire de réfléchir les changements de “température” (pas seulement celles du climat…), d’atmosphère, de mentalité et de mœurs… J’ose faire un parallèle avec les MARD (Modes Amiables de Règlement des Différends) : sont-ils en mesure d’apporter une solution à tous les différends, même si les parties privilégie leurs ego respectifs, raisonnent avec leur pathos propre, au gré de leurs “enjeux”. Cela signifie sans doute que le médiateur doit initier une mise en conditions des parties , voire une charge pédagogique : les apprendre à devenir tolérant, à prendre de la distance avec l’autre, apprendre à parler à autrui, à l’écouter, à accepter certaines positions… Le hasard a de l’humour : l’équipement qui sert à mesurer la résilience pour les métallurgistes s’appelant le “Mouton-pendule de Charpy”, n’aiderait-il pas à l’étalonnage de la charpie sociale à venir ? Puisque Leon C. Megginson écrivait en 1963, en paraphrasant L’Origine des espèces : « Ce n’est pas l’espèce la plus intelligente qui survit, ni la plus forte, mais celle qui s’adapte et s’ajuste le mieux à l’environnement changeant dans lequel elle se trouve », La question qui nous concerne est bien celle-ci : saurons-nous nous adapter… avant d’atteindre notre propre point de rupture sociétal et civilisationnel ? Il s’agit ici d’une réelle co-rédaction avec Philippe CHOULET …

Le Temps en expertise — citation de Sénèque : « Ce n’est pas que nous manquions de temps, mais nous en perdons beaucoup »
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Le Temps en expertise

Dans les missions d’expertise judiciaire, le temps n’est jamais neutre, il est d’abord une condition, ensuite une garantie. Le temps du contradictoire, c’est celui qui permet à chacun de s’exprimer, de produire, d’interroger, de répondre, d’argumenter, d’objecter. Ce temps-là, réglé et bien maîtrisé, est indispensable. Il fonde la qualité de la mission et la solidité même de nos conclusions. Mais ce même temps peut, parfois, changer de nature et de valeur.Sous couvert d’exercice du contradictoire, il arrive qu’il devienne un outil, un levier, et même une arme, comme une manière de retarder, d’étirer, voire de déplacer le débat.Le temps n’est alors plus au service de la recherche de la vérité, mais il est utilisé comme une stratégie. C’est là toute la difficulté de notre mission d’expert judiciaire. Trouver le bon point d’équilibre. Laisser à chacun le temps nécessaire, sans pour autant laisser s’installer un temps qui n’apporte plus rien au débat technique, un temps vide, stérile et vain. Comme l’écrivait Sénèque : « Ce n’est pas que nous manquions de temps, mais nous en perdons beaucoup.» En expertise, cette phrase prend un relief très concret. Le temps de l’expertise, en tant que temps de travail collectif, doit rester un outil de clarification, et il ne doit jamais devenir un facteur de dilution.

La vérité — citation de Nietzsche : « Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations »
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La vérités…

Eh, oui, la « fote d’ortograf » est volontaire, parce qu’en expertise judiciaire, parler de la vérité au singulier, est souvent une illusion. Nous travaillons avec des faits, des pièces versées au dossier, des dires, des analyses techniques. Nous croisons les informations, nous vérifions les données, nous confrontons les hypothèses. Mais…. très vite, des écarts apparaissent.Une même situation peut être perçue différemment selon les acteurs, une chronologie se discute, une cause se nuance, une responsabilité se fragmente. Et l’expert, au milieu de tout cela, n’a pas pour mission de “dire la vérité” comme une évidence absolue ; il doit construire une analyse argumentée, vérifiable et surtout compréhensible. Il doit, en réalité, faire émerger une forme de cohérence parmi plusieurs vérités plurielles car chacun arrive avec la sienne ; la sienne, construite à partir de ses intérêts, de sa mémoire, de sa position dans le dossier. Bref, avec ses interprétations, qui sont des donations de sens et de signification plus ou moins raisonnables ou plus ou moins arbitraires. Et c’est précisément là que réside la difficulté. Ne pas céder à la tentation de simplifier à l’excès, ne pas trancher artificiellement, mais éclairer, avec rigueur, ce qui peut l’être. Accepter aussi qu’il reste parfois une part d’incertitude, ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est une exigence. Comme le rappelait Friedrich Nietzsche : « Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations. » La formule est certes provocatrice mais, en expertise, elle invite surtout à rester lucide… Et à ne jamais confondre conviction… et démonstration. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice

Formations versus illusions — citation d’Aristote : « Les choses que nous devons apprendre à faire, nous les apprenons en les faisant »
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Formations versus illusions

Les offres de formation à l’expertise judiciaire se multiplient. Sur le principe, je n’ai rien à redire. Transmettre, informer, instruire et mettre à jour la culture juridique sont des tâches en effet indispensables. Mais, dans les faits, tout ne se vaut pas. On voit aujourd’hui des formations coûteuses, très théoriques, parfois dispensées par des intervenants qui ne pratiquent plus, voire qui n’ont jamais pratiqué l’expertise judiciaire. D’autres, proposées à la veille des dépôts de candidatures, laissent entendre qu’elles pourraient « aider » à être inscrit. Tout se passe comme si la formation dans ces domaines de l’expertise était un… « fromage » Soyons clairs : on ne devient pas expert en quelques heures de visioconférence en particulier quand on peut se faire remplacer par son voisin. Car l’expertise commence là où les supports de formation s’arrêtent. Gérer un contradictoire tendu. Encaisser des écrits agressifs. Tenir une réunion qui dérape. Produire une analyse solide, intelligible, utile au juge. Tout cela ne s’apprend pas en accéléré. Tout cela se construit dans la pratique. Dès lors, une évidence : s’autoriser à former à l’expertise judiciaire suppose de l’exercer réellement… Comme on n’apprend pas à conduire avec quelqu’un qui n’a jamais pris le volant. Au-delà des formations elles-mêmes, c’est la crédibilité de toute une fonction qui est en jeu. Car il ne s’agit pas seulement d’apprendre des règles. Il s’agit d’adopter une posture, une exigence d’indépendance, une responsabilité. Et cela ne s’improvise pas. Comme le rappelait Aristote : « Les choses que nous devons apprendre à faire, nous les apprenons en les faisant. » La formule est simple et elle devrait, pourtant, s’imposer comme une évidence. Comme d’habitude je tiens à remercier très sincèrement mon philosophe préféré en la personne de Philippe CHOULET. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice

Dans les missions d’expertise — citation de Blaise Pascal : « Toute notre dignité consiste donc en la pensée »
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Dans les missions d’expertise judiciaire, il y a ce que l’on voit… et ce qui a profondément changé.

Il y a vingt ans et plus, les réunions d’expertise étaient des moments parfois tendus, bien sûr. Chacun y défendait ses intérêts, parfois avec vigueur. Mais il existait une forme de cadre implicite. Une tenue. Un respect des personnes, même dans le désaccord. Les avocats jouaient pleinement leur rôle. Ils canalisaient, reformulaient, apaisaient. Ils étaient, en quelque sorte, les garants d’un échange maîtrisé. Aujourd’hui, le climat est souvent différent. Les tensions sont plus immédiates, plus directes. Les positions se durcissent plus vite. Et les avocats eux-mêmes se trouvent parfois en difficulté pour contenir les réactions plus ou moins passionnelles de leurs propres clients. Les dires étaient autrefois structurés, réfléchis, filtrés. Ils portaient une argumentation suffisamment raisonnable pour être comprise et entendue. Désormais, ils laissent plus souvent passer des formulations offensantes, visant les personnes, des attaques ad hominem. Voire personnelles. L’attaque L’agressivité prend alors parfois le pas sur la démonstration, y compris à l’égard de l’expert. Il y a une perte de la vraie parole. Ce n’est pas neutre. Car l’expertise repose avant tout sur un cadre de confiance minimale. Sans cela, le débat technique se dégrade, se disperse, et perd en loyauté et en efficacité. Comme l’écrivait Blaise Pascal : « Toute notre dignité consiste donc en la pensée. » Peut-être est-ce là un point d’ancrage utile. Revenir à des échanges construits. À une parole maîtrisée. À une forme d’exigence dans la manière autant que dans le fond. Parce qu’au-delà des intérêts en présence, il y a aussi une responsabilité collective : celle de préserver la qualité de la parole et du débat. Et, finalement, le sens même de nos missions. Une fois encore, je remercie Philippe CHOULET, philosophe, pour sa relecture attentive. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice

Expertise pénale — citation de Jean-Jacques Rousseau : « Le travail du corps et celui de l’esprit ont également droit à leur salaire »
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Expertise pénale : travailler… et attendre

Dans les missions d’expertise au pénal, une réalité revient de plus en plus souvent. Celle du paiement. Ou, plus exactement, celle du délai de paiement. Depuis plusieurs mois, les remontées sont constantes. Psychologues, psychiatres, interprètes, experts techniques… tous évoquent des délais qui s’étirent. 9 mois voire 12 mois et même parfois davantage. Des experts qui travaillent… et qui attendent Ce ne sont pas des situations isolées. Ce sont des professionnels qui travaillent, qui déposent leurs rapports, qui remplissent leurs obligations… et qui, ensuite, ils attendent, et attendent encore et attendent longtemps, et attendent très longtemps. Je mesure bien entendu les contraintes de fonctionnement, les circuits budgétaires, les réalités administratives. Le sujet n’est pas là, mais une évidence demeure : tout travail mérite salaire. Et surtout, il mérite d’être payé dans un délai raisonnable. Car derrière ces délais, il y a des réalités très concrètes. : des charges à payer, des cotisations, une trésorerie à tenir… et tous les experts n’ont pas la capacité d’absorber des décalages aussi longs. À terme, la question devient simple : qui acceptera encore de travailler aujourd’hui pour être payé dans 9 voire 18 mois ? Un risque pour l’attractivité de l’expertise pénale La difficulté n’est pas seulement individuelle. Elle touche à l’attractivité même des missions d’expertise pénale. Et, par ricochet, au bon fonctionnement de l’institution. On ne peut pas durablement demander rigueur, disponibilité et compétence… sans garantir en retour des conditions de règlement acceptables. Comme le rappelait Jean-Jacques Rousseau : « Le travail du corps et celui de l’esprit ont également droit à leur salaire. » La formule est simple. Mais elle pose une question très concrète : Jusqu’à quand ce modèle restera-t-il tenable ? Une fois encore, je remercie Philippe CHOULET, philosophe, pour sa relecture attentive. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice

Goliath contre David — citation de Jean de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable… »
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Goliath contre David

Dans nos missions d’expertise judiciaire, le temps est donc loin d’être neutre. En pratique, il devient souvent l’allié du plus solide, du plus riche… donc du plus puissant. Car tenir dans la durée a un coût, un coût financier, bien sûr, mais aussi un coût en énergie psychique. Et ce n’est pas toujours la victime, ni même le demandeur, qui est le plus endurant. Le déséquilibre se crée là. Il ne faut pas oublier non plus que l’expertise ne tranche pas le litige. Elle éclaire. Ensuite, il faut assigner, repartir dans un nouveau débat, parfois dans une nouvelle expertise, puis éventuellement les voies de recours… Pendant ce temps, les coûts s’accumulent, pour les parties, mais aussi pour ceux qui interviennent au dossier. C’est sans doute ce qui explique le recours croissant à la médiation : un cadre plus rapide, plus lisible, avec un budget mieux maîtrisé. Comme le rappelait Jean de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir. » La formule est ancienne mais, dans sa vérité réaliste, elle reste pourtant d’une actualité troublante. Une fois encore, je remercie Philippe CHOULET, philosophe, pour sa relecture attentive. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice