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Mes articles de réflexion : un mot, un concept, exploré au fil de mon métier d’expert judiciaire et de la vie. Du plus récent au plus ancien.

Décider — citation d’André Gide : « Choisir, c’est renoncer »
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Décider

C’était un dimanche tout à fait normal à Prague ou ma famille habitait à l’époque. Mon fils, Alex, levait les yeux vers le ciel, regardait la traînée blanche d’un avion, et me disait avec le naturel désarmant des enfants : « Regarde, c’est Papa. » J’avais les pieds sur terre ce jour-là mais il avait raison. La plupart du temps, j’étais là-haut. Kazakhstan, Ukraine, Afrique du Sud, Russie quelque fois, semaine après semaine, aéroport après aéroport, décalage horaire après décalage horaire. Mes enfants m’appelaient le soir qui était souvent la nuit là où je me trouvais. Parfois je ne pouvais pas répondre et ils avaient appris à me « reconnaître dans les traces que les avions laissent dans le ciel ». Le 10 novembre 2013, au lieu de prendre mon vol pour Astana ou Dnipropetrovsk, j’ai bouleversé mon planning, je suis rentré à Luxembourg et j’ai annoncé que je ne voulais plus de cette vie-là. Pas de négociation, pas de délai de réflexion, cette décision était vitale et on ne peut pas plus définitive. Décider, c’est renoncer. Je ne mesurais pas encore l’étendue de ce à quoi je disais adieu. La dimension internationale, les grands projets sur plusieurs continents, une certaine idée de moi-même construite à l’international… tout ça, je le coupais. Mais je savais avec certitude à quoi je refusais de continuer à renoncer : être là et simplement là, quand mes enfants levaient les yeux. Chaque décision est une amputation Il y a dans le verbe décider une violence qu’on n’avoue pas toujours. Décider vient du latin decidere qui signifie trancher ou couper ainsi chaque vraie décision agit comme une amputation, on abandonne des chemins qu’on ne prendra plus jamais, des versions de soi-même qu’on ne sera pas ou qu’on ne sera plus. La décision ne crée rien mais elle élimine, et c’est précisément pour ça qu’elle coûte. J’ai appris ça aussi à la CECAD. On m’avait poussé à en devenir président. Mais une fois en position, j’ai décidé, librement, et souvent contre certaines résistances. Ma conviction était simple : sans changement, on allait mourir à petit feu, devenir invisibles pour les experts, pour les avocats, pour les magistrats, ne plus être écoutés du tout en fait. À chaque désaccord, j’écoutais puis je posais une seule question : qu’as-tu à me proposer ? En l’absence de réponse, j’avançais. Un logo, un site, des colloques, des forums, une part de philosophie dans un monde froid. Ces décisions m’ont coûté cher en investissement personnel mais je ne les regrette pas. Pour donner un seul exemple, il n’y a pas trop de 12 mois et d’un solide réseau relationnel pour préparer un colloque … Le thème de février 2027 sera d’ailleurs consacré au « Temps ». En tant qu’expert judiciaire, c’est pareil. Rédiger ses conclusions, c’est trancher, c’est aussi et surtout fermer des hypothèses qu’on aurait pu laisser ouvertes. C’est aussi et surtout abandonner le confort du peut-être. Chaque mot du rapport est une décision, et chaque décision renonce à ce qu’on ne dira pas. On tranche seul Beaucoup évitent de vraiment décider. On temporise, on attend que les circonstances choisissent à notre place. On appelle ça de la prudence. Décider, c’est accepter qu’on ne peut pas tout faire et c’est toujours solitaire. Même entouré, même soutenu, on tranche seul et personne ne peut le faire à votre place. Certaines décisions sont cependant plus difficiles à prendre que d’autres, surtout les décisions très personnelles. Pour conclure cet article, ce dimanche à Prague, mon fils ne savait pas qu’il m’aidait à décider, pas avec des reproches (c’est venu après …) mais avec cinq mots et un regard vers le ciel. Les enfants ne savent pas toujours ce qu’ils font mais parfois ils font exactement ce qu’il faut. André Gide l’avait résumé : « Choisir, c’est renoncer. »

Étincelle — citation de Pasteur : « Dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés »
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Étincelle

En 2000, j’ai vu Erin Brockovich trois fois. La première pour Julia Roberts. La seconde pour le film. Et la troisième parce que, cette fois-là, je ne regardais plus l’histoire : je regardais l’avenir de « mon industrie ». Le film raconte comment une femme sans formation juridique établit qu’un industriel a contaminé la nappe phréatique d’une petite ville de Californie. Le coupable : le chrome hexavalent. Pendant deux heures, on suit une bataille de preuves, de causalité, de dommages, et surtout la pugnacité de celle qu’incarne Julia Roberts. Et à un moment, sans crier gare, quelque chose a germé. Ce n’était pas une réflexion, pas un raisonnement, pas une conclusion, mais une étincelle. Le chrome hexavalent, nous en mettions nous aussi — comme l’ensemble de nos concurrents — dans nos peintures et nos traitements de surface. Quelques jours plus tard, je suis allé voir le PDG de notre entreprise et je lui ai dit qu’il fallait le supprimer de nos aciers, qu’il s’agissait là d’une bombe à retardement. — Pourquoi ?— Si vous me permettez, il faut voir Erin Brockovich pour comprendre. Je lui ai expliqué les risques auxquels nous allions inévitablement faire face si nous n’étions pas proactifs. — OK. Allez-y. Et revenez me voir régulièrement à propos des avancées sur ce sujet. Ce « Allez-y » a été très largement contesté par de nombreux autres acteurs de la société, mais le message venait d’en haut… et nous y sommes allés contre vents et marées. Pas de business case, pas d’étude de marché, à l’époque pas une ligne de réglementation qui nous y obligeait encore, mais juste un homme qui accepte qu’une idée puisse venir d’un film américain. Nous avons lancé le programme, et j’en ai publié les premiers résultats au colloque ECCA en 2002. Je repense souvent à cette réponse. Une étincelle ne sert à rien si personne ne la laisse brûler. L’étincelle qui révèle Le métallurgiste connaît bien d’autres étincelles : celles des trous de coulée des hauts fourneaux, celles des aciéries, mais aussi celles que chacun d’entre nous connaît de l’acier passé sous une meule — et dont la gerbe dit, à l’œil exercé, ce que l’acier a dans le ventre. Cette étincelle de 2000 n’a rien inventé non plus. Le lien entre une nappe phréatique californienne et nos lignes de traitement existait déjà bien avant la sortie de ce film. Il attendait simplement que quelqu’un le voie et tire des similitudes entre cette petite ville des États-Unis et notre industrie. C’est peut-être ça, une étincelle : pas une création, mais une révélation. Et il y a celle qui détruit. Dans mes missions, l’étincelle est quelquefois le point de départ d’un sinistre : un défaut électrique qui met le feu à une ferme entière dans la Somme. La genèse d’accidents, c’est ma mission, et j’arrive toujours après. Après le feu, après l’accident, après les morts, après le silence. Pour une fois, en 2000, l’étincelle m’avait permis d’arriver avant. L’étincelle qu’on allume Il y a enfin celle qu’on provoque. Celle qu’on jette volontairement dans une forêt, à Fontainebleau par exemple, dans un entrepôt, dans une usine. Physiquement, c’est la même étincelle, la même énergie, la même gerbe, les mêmes traces. Ce qui change tout, c’est que cette étincelle a été volontaire — et là, cela relève de la justice. Cette frontière-là, je la longe dans les dossiers au pénal. Mon travail s’arrête à une ligne précise : je dis l’origine, l’énergie, la chronologie, ce qui est compatible avec les faits et ce qui ne l’est pas, mais je ne dis jamais qui a voulu quoi. L’expert établit en effet l’étincelle, alors que le juge établit l’intention. Confondre les deux serait une faute pour l’expert : seul le juge dit le droit. Ce sont les mêmes lois de la physique qui éclairent la découverte et l’incendie criminel. L’étincelle ne prévient pas, mais elle ne tombe pas n’importe où : il lui faut un terrain. Une atmosphère explosive… ou trente ans de métier et un patron qui vous dit « allez-y ». Pasteur l’avait dit avant tout le monde : « Dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés. »

Fierté — citation de Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas »
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Fierté

Je vais vous avouer quelque chose : je fais un exercice depuis plus de trente ans et je l’ai conservé pour moi. Si vous aviez vingt secondes avant de disparaître, quels seraient les cinq moments de votre vie dont vous voudriez vous souvenir ? Pas vos enfants, pas votre famille, car ça, c’est trop simple, trop évident. Je veux les vrais moments, ceux que vous n’avez jamais racontés, ceux qui sont et restent personnels. La fierté que personne ne voit La fierté, je sais, c’est très laid comme sentiment ; en effet, quand elle s’affiche, elle agace, on repère de loin celui qui se regarde dans le miroir avec admiration. Cette fierté-là, je l’associe à l’ego. Mais il y a une autre fierté que personne ne voit, celle qui est intérieure, silencieuse, un peu douloureuse quelquefois, douloureuse souvent. Elle agit presque comme une blessure parce qu’on ne peut rien en faire. On la porte, on la garde, et parfois on se demande ce qu’on en ferait si on pouvait la partager. Mes cinq moments à moi, je vais vous les décrire sans vous les raconter, bien sûr. Aucun n’est une récompense, aucun ne figure sur un CV. Dans l’un, j’ai fait quelque chose sans savoir pourquoi, et je ne le comprends toujours pas. Dans un autre, quelqu’un m’a dit des mots que je n’attendais pas et qui m’ont suivi partout. Dans d’autres encore, j’ai été choisi, pas pour mes compétences, pas pour mon titre, pour être là à un moment où être là comptait tout. Ce qui me trouble, c’est que ces gens-là, les acteurs et actrices de ces moments, ne savent pas. Ils ont vécu ces moments de leur côté, à leur façon ; certains ont très certainement oublié ou ne sont plus là. Et moi je porte ça depuis des années, seul, avec quelque chose de précieux et d’impossible à nommer. C’est peut-être ça, la fierté intérieure : quelque chose qu’on ne peut offrir à personne parce que personne d’autre ne peut en comprendre le poids. Trente ans que je fais cet exercice et je pensais que la liste allait changer. Que l’âge, les expériences, les rencontres allaient rebattre les cartes… en fait, presque pas. Quelques petits déplacements, mais les mêmes moments reviennent toujours. Ce qui nous a construits est têtu. Ces moments-là, en expertise En expertise judiciaire, il existe aussi ces moments-là, essentiellement dans les affaires au pénal. Il m’est arrivé de visiter un site d’accident et de voir autre chose que ce que tous les autres acteurs voient. Un faciès de rupture qui prouve que le mouvement n’était pas naturel, sauf à considérer que la gravité est une abstraction. Une autre fois où j’ai tenté et réussi à écrire entre les lignes un fait important pour éclairer le juge, même si l’écriture de ces 3 ou 4 lignes m’a pris plus de 2 heures. Ces moments-là aussi ne s’oublient pas. Faites l’exercice. Vingt secondes, cinq moments, sans tricher, et vous verrez ce qui remonte. Vous serez peut-être surpris par ce que vous gardez depuis si longtemps sans le savoir. Et vous vous demanderez, comme moi, si ces moments vous ont choisi ou si c’est vous qui les avez choisis. Je ne suis toujours pas sûr. J’ai expliqué cela à quelques-unes de mes connaissances et… elles m’en veulent souvent, quelquefois, car cela hante leurs nuits jusqu’à ce que ces cinq moments soient définis. Pascal a mis en mots ce que je n’arrive pas à formuler autrement : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »

Responsabilité — citation de Dostoïevski : « Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres »
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Responsabilité

Hier, il faisait chaud, mais vraiment chaud. Le thermomètre affichait 33 °C ; il m’a regardé avec la patience qu’on réserve aux anciens et il m’a expliqué posément que non, il ne faisait que 27 °C parce que son iPhone l’avait dit. Apple savait, lui !!! Le thermomètre, lui, était « has been ». J’ai regardé le thermomètre ; il a regardé l’écran… et j’ai compris que la bataille était perdue d’avance, qu’il était tout à fait inutile de discuter, d’argumenter. Je n’aurais jamais pu faire ça avec mon père (né en 1934), et encore moins avec mon grand-père (né en 1907), pas parce qu’ils avaient toujours raison, mais parce que ça n’était tout simplement pas envisageable. On n’arrivait pas en brandissant une information glanée au coin d’un trottoir puis plus tard au coin d’un bar pour leur expliquer qu’ils étaient dépassés, ça ne se faisait pas. J’avais dix-sept ans il y a cinquante ans ; je sais, le monde a changé, c’est très peu de le dire. Une responsabilité qui a grossi et s’est ramifiée La responsabilité a changé avec lui. Elle a grossi, elle s’est ramifiée, elle est devenue souvent sournoise. Avant, on savait à peu près ce dont on était responsable ; c’était parfois lourd, mais au moins c’était lisible. Aujourd’hui, elle est partout, elle surgit là où on ne l’attendait pas, sans prévenir. Quelques exemples. Responsabilité climatique : je prends ma voiture et je me demande si j’aurais pu prendre le train, le vélo, et mieux, ne pas me déplacer. Je commande une côte à l’os et je pense au CO₂ que cela a déjà produit, à l’eau que cela a déjà consommé… Ce n’est pas une blague, c’est la réalité d’une époque où chaque geste est pesé, mesuré, et surtout potentiellement reproché. C’est nouveau, c’est lourd, et ce n’est clairement pas fini, cela ne fait que commencer. Responsabilité politique ensuite. On a vu ce que produit l’inaction citoyenne il y a 85 ans. On a vu ce qu’il en coûte de se taire, de détourner le regard, de laisser faire, de suivre celui qui parle le plus fort pour cacher ses mensonges. Alors on s’engage, ou du moins on essaie, on essaie parce qu’on a fini par comprendre que ne rien faire est aussi un choix, et qu’on en répondra un jour devant quelqu’un. Responsabilité individuelle aussi. Nos mots, ou nos maux comme je les appelle parfois, peuvent être retournés contre nous à tout moment. Une phrase sortie de son contexte, voire dont le sens pris au second degré peut blesser, un mail mal interprété, un message transféré sans permission… On écrit, on relit, on réécrit, on hésite, on envoie, et parfois on regrette. Ce que l’on dit engage bien plus loin et bien plus longtemps qu’on ne le croit. La responsabilité de l’expert Et puis il y a la responsabilité professionnelle. Celle que je connais le mieux. En tant qu’expert judiciaire, je dois éclairer la justice, bien sûr de façon indépendante, avec neutralité, sans chercher à plaire à qui que ce soit, sans craindre la réaction de l’une ou l’autre des parties. Dire ce que j’ai vu, ce que j’ai mesuré, ce que j’ai compris, même quand ce n’est pas ce qu’on espérait entendre et surtout dans ce cas. Cette responsabilité-là ne se délègue pas. Elle ne s’allège pas avec le temps. Elle vous suit vingt ans après avoir déposé votre rapport ; cette responsabilité fait partie de l’héritage que vous laissez à vos ayants droit. La responsabilité n’est pas quelque chose qu’on choisit d’endosser un matin en se levant. Elle s’impose, elle évolue, elle prend des dimensions auxquelles personne n’avait pensé il y a cinquante ans. On peut faire semblant de ne pas la voir, mais elle est patiente et finit toujours par se rappeler à vous. Dostoïevski l’avait compris bien avant nous : « Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres. »

Erreur — citation de Sénèque : « Errare humanum est, perseverare diabolicum »
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Erreur

Mon père avait une façon bien à lui de dire les choses importantes : il n’y avait pas de grands discours mais juste quelques mots, toujours les mêmes, mais dits avec une voix qui n’admettait pas la discussion. Quand tu as raison, tu argumentes, tu démontres, tu prouves, et ce, quelles que soient les difficultés auxquelles tu dois ou devras faire face. Mais quand tu as fait une erreur, alors tu l’acceptes, mais sans courber l’échine pour te faire battre. J’avais peut-être douze ou treize ans la première fois qu’il me l’a dit et j’ai mis du temps à vraiment comprendre. Maintenant, plus de 50 ans plus tard, je lui en suis toujours reconnaissant. Admettre qu’on s’est trompé, cela n’a rien de naturel car l’ego, si petit soit-il, résiste toujours. La peur du jugement sert d’épouvantail. Alors on préfère chercher une explication très souvent vaseuse, déplacer la faute sur un autre, en clair, noyer le poisson. On tente de tenir bon malgré la tempête, on défend des positions qui ne tiennent pas, par fierté, par crainte, parfois par simple flemme. Et à un moment, l’erreur n’est plus vraiment l’erreur, elle change de dimension et cela devient insupportable, on refuse même de la voir. On ne perd pas la confiance des gens en se trompant mais on la perd en niant. Le droit à l’erreur, en expertise Moi, je revendique le droit à l’erreur. Dans tous mes comptes rendus de réunion d’expertise, dans toutes mes notes aux parties, je le précise systématiquement : « Les informations et analyses sont celles issues de l’analyse du dossier à l’issue de la réunion d’expertise. Des informations complémentaires postérieures peuvent conduire à des analyses différentes. » Certains trouvent ça étrange mais, moi, je trouve ça honnête. Un expert qui prétend ne jamais se tromper m’inspire plus de méfiance que de confiance. La mission d’un expert n’est pas d’avoir raison à tout prix, mais de chercher ce qui est juste, avec ce qu’il a, au moment où il l’a. Rien de plus, mais rien de moins. Il m’arrive, en tant qu’expert de partie, d’assister à des réunions d’expertise judiciaire, et d’y voir des experts missionnés par un juge s’arc-bouter sur des positions que ni la logique ni les faits ne soutiennent. On leur montre, on démontre… mais rien à faire, pas question de bouger. Ce n’est plus de l’expertise, c’est de l’orgueil. Il m’arrive même de penser à du parti pris pour telle ou telle partie… mais là, je deviens médisant… ¯\_(ツ)_/¯ Ce n’est pas l’erreur, c’est le délai Dans la vie personnelle, c’est exactement pareil. Les erreurs, tout le monde en fait. Ce n’est pas ça le problème ; le problème, c’est le délai. Plus on tarde à reconnaître, plus le délai lui-même devient un grief. On vous reproche l’erreur, et en plus on vous reproche le temps. J’ai vu des amitiés se défaire, des relations se fracasser, non pas à cause de la faute, mais à cause du silence qui a suivi et, dans quelques cas, de l’excuse tardive. L’erreur est humaine. Elle ne fait pas de discrimination : que tu sois faible ou puissant, pauvre ou riche, instruit ou non, personne n’y échappe. Ce qui différencie les gens, c’est ce qu’ils font quand elle arrive. La vérité absolue, si elle existait, ne pourrait être que divine. Et comme mes convictions en la matière sont, disons, limitées, je me contenterai d’être humain, avec tout ce que ça implique. Sénèque l’a formulé avec un talent que je lui envie : « Errare humanum est, perseverare diabolicum. » L’erreur est humaine. S’y obstiner est diabolique.

Transmission — citation d’André Malraux : « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert »
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Transmission

Elle s’appelait Madame Chapeau. C’est le nom commun qui lui avait été donné à cause du chapeau qu’elle portait en toutes circonstances. Elle passait devant chez mes grands-parents, à Rexpoëde, vêtue de sacs de jute. Tout le monde riait, les adultes et les enfants. Moi aussi, parfois, mais ma grand-mère me rappelait alors, sans élever la voix, qu’on ne se moque pas… que cette femme valait autant que n’importe qui et que ce n’est pas parce qu’on est dans le besoin qu’on perd sa dignité. À son décès, on a découvert une véritable fortune en lingots d’or dans sa chambre. J’ai été élevé par Mémaine, contraction de Germaine, une femme née au XIXe siècle qui avait déjà élevé ma mère, puis par mes grands-parents nés en 1907 et 1908. Des gens qui n’expliquaient pas mais qui montraient. Ils ne me parlaient pas de bienveillance, de respect ou d’honneur, ils les vivaient, devant moi, dans les choses de tous les jours. C’est ça, la transmission : ce n’est pas ce qu’on dit, c’est ce qu’on fait quand on croit que personne ne regarde. J’essaie à mon tour avec mes enfants et ce n’est vraiment pas toujours facile. Les réseaux asociaux font souvent plus d’audience que le daron. Il faut l’accepter, sans baisser les bras ; on plante des graines sans savoir lesquelles vont germer. La transmission, ce n’est pas du savoir La transmission, ce n’est pas du savoir. C’est quelque chose de plus profond. Elle travaille sur la connaissance, celle qui ne se dépose pas dans la mémoire mais dans l’être. Un étudiant de l’École des Mines de Douai me l’a dit un jour, en fin de cours. Il m’a dit que j’étais différent des autres et… je m’attendais au pire… et puis il a continué : les autres enseignants lui apprenaient à apprendre alors que moi, je lui apprenais à réfléchir. Je n’ai pas trouvé quoi répondre ! C’est peut-être la plus belle chose qu’on puisse dire à quelqu’un qui enseigne. La transmission en expertise En expertise judiciaire, c’est pareil. Un rapport n’est pas qu’un document technique. C’est une tentative de faire voir à un juge ce qu’il n’a pas vu, de lui transmettre une réalité qu’il n’a pas vécue avec clarté, rigueur et honnêteté. Ce que j’ai observé, calculé, parfois longuement hésité à conclure, doit parvenir intact. Si la transmission est approximative, la décision qui en découle peut l’être aussi. Et les conséquences, elles, ne le sont pas. Il y a quelques mois, j’ai remis la présidence de la CECAD à mon successeur. Une cérémonie, un discours, une poignée de main. C’était fait. Je ne sais pas ce que j’ai réellement transmis. D’ailleurs, on ne le sait jamais vraiment. Les choses les plus importantes passent sans qu’on s’en rende compte. On les vit, on s’y tient, et un jour quelqu’un vous dit « j’ai appris ça de vous »… et là, on réalise qu’on ne savait même pas qu’on enseignait. La voix qui a accompagné Jean Moulin au Panthéon a résumé ça d’une formule : « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert. »

La joie — citation de Tolstoï : « Si tu veux être heureux, sois-le »
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La joie

En l’an 2000, un homme était censé disserter sur un mot qui n’était pas dans son vocabulaire : la joie. J’ai assisté à Paris à une conférence donnée par un très vieil homme, environ quatre-vingt-dix ans, d’origine russe. Il avait fui Petrograd en 1917 avec sa famille, laissant derrière lui une vie très confortable pour arriver en France dans un dénuement important. Il avait grandi dans une culture russe, parlé russe à la maison, eu du mal au début à trouver sa place dans ce pays qui n’était pas le sien. Quand la France est entrée en guerre contre l’Allemagne nazie, il s’est engagé aux côtés des Français. Ce fut pour lui une déception profonde de voir dans un premier temps ses terres d’origine liées à l’Allemagne par un pacte. Quand Staline a rejoint les forces alliées et alors que certains de ses compatriotes avaient choisi de rejoindre l’URSS, lui a décidé de continuer à défendre son pays d’adoption. Sitôt après la guerre, il est parti à Moscou pour tenter de retrouver sa culture, ses racines. Ce voyage s’était terminé dans un goulag, où il a passé de nombreuses années. À cinq reprises, il s’était retrouvé devant un peloton d’exécution. À cinq reprises, il en était revenu vivant, pendant que d’autres tombaient à côté de lui. Ils n’en abattaient qu’un sur cinq. La joie, une discipline quotidienne Ce monsieur était censé nous parler de joie. Il avait commencé sa présentation en disant qu’il ne comprenait pas vraiment ce sujet, parce que ce mot n’avait longtemps pas eu de place dans son vocabulaire. Puis il a dit, très simplement, que la joie, c’était peut-être ça : être vivant. Encore. Même après cinq pelotons d’exécution. Il a ensuite expliqué, avec une sérénité qui m’a profondément frappé, que la joie est selon lui un carburant nécessaire au bonheur. Pas un état qu’on reçoit, mais quelque chose qu’on cultive, jour après jour, consciemment. Il connaissait des gens jeunes qui n’avaient jamais été heureux et ne le seraient jamais. Il connaissait aussi des gens très âgés, au soir de leur vie, qui continuaient à l’être, parce qu’ils avaient fait de la joie une discipline quotidienne. Je suis ressorti de cette conférence très différent de comment j’y étais entré. La joie dans l’expertise Dans mes missions d’expertise, la joie n’est vraiment pas le premier mot qui vient. Les dossiers, en particulier au pénal, sont lourds, les délais sont contraints, les faits paraissent parfois accablants. Et pourtant, il y a cette satisfaction particulière à comprendre un événement dans un domaine qu’on ne connaissait pas, à dénouer ce qui semblait inextricable, à rendre un rapport qui éclaire réellement le juge. C’est une forme de joie discrète, professionnelle, mais réelle. Elle se cultive elle aussi, et contribue probablement à une certaine forme de bonheur. Au Luxembourg, j’ai très souvent des retours sur les expertises que j’ai rendues, expliquant comment mes rapports ont été utiles à la procédure. Il est dommage que ce soit si rarement le cas en France. Ce retour-là aussi, quand il arrive, ressemble à de la joie. Tolstoï disait : « Si tu veux être heureux, sois-le. » Facile à dire pour quelqu’un qui n’a pas connu cinq pelotons d’exécution. Et pourtant, c’est exactement ce que ce vieil homme de Petrograd nous avait dit, avec ses propres mots, ce soir-là à Paris.

Savoir et connaissance — citation de Rabelais (1532) : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »
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Savoir et connaissance

Il y a quelques années, lors d’une réunion d’expertise, j’ai eu en face de moi une partie qui savait tout sur tout. Elle refusait de répondre à mes questions. Elle les jugeait inutiles, dénuées de sens. Quand j’ai commencé à mettre en avant des éléments qui fissuraient sérieusement sa version, elle m’a demandé, avec un aplomb assez remarquable, si je connaissais vraiment quelque chose en métallurgie pour oser formuler des questions aussi stupides. Derrière cette assurance, il y avait des diplômes qu’elle n’avait pas, des expériences qu’elle n’avait jamais affrontées, et une version des faits qui craquait de partout. Son conseil, lui, ne maîtrisait pas grand-chose, ni sa cliente, ni le fond du dossier. Mais il avait compris dès le début des opérations que l’attitude de sa cliente la desservait gravement. Je le voyais à son regard, à sa façon de ne plus intervenir, de laisser le silence s’installer après chaque nouvelle sortie, voire même une fois de lever les épaules. J’ai même dû interrompre succinctement, me sentant mal et ne pouvant pas réagir à ces provocations. Devant un tel champ de ruines, il n’y avait pas grand-chose à faire. J’ai clos l’expertise au plus tôt, sur la base des faits. Pas des illusions. Ce jour-là, j’ai eu une illustration parfaite de la différence entre le savoir et la connaissance. Le savoir accumule, la connaissance se construit Le savoir s’accumule. Il se lit, s’écoute, se mémorise, se restitue. Il peut faire bonne impression, garnir avantageusement un CV, alimenter une conversation autour d’un café ou au restaurant. Il contribue essentiellement au paraître. La connaissance, elle, se construit de l’intérieur, par l’expérience, l’erreur assumée, le doute accepté, la remise en question permanente… la vie en fait. Elle contribue, elle, à l’être. On peut avoir beaucoup de savoir et très peu de connaissance ; l’inverse, en revanche, est très rare. Pour s’en convaincre, il suffit d’allumer une chaîne d’information en continu pour en avoir la démonstration quotidienne. Des pseudo-experts défilent. Ils n’ont de savoir que ce qu’ils ont lu, dans le meilleur des cas, ou simplement entendu et pas écouté. Ils ne comprennent pas vraiment ce qu’ils ont tenté de déchiffrer. Ils récitent des phrases toutes faites en se mélangeant les pinceaux. Et ils tiennent, jusqu’à la première contradiction sérieuse. Dès qu’on les questionne vraiment, le vernis craque. Ce qu’on découvre derrière, c’est ce que j’appelle un désert d’être. Comme il n’y a rien à défendre sur le fond, il ne reste plus que l’invective… l’invective pour faire illusion encore quelques secondes, quelques minutes, en fait jusqu’à la fin de l’émission… L’ego joue un rôle central dans tout ça. Il gonfle précisément là où la connaissance fait défaut. Celui qui sait vraiment n’a pas besoin d’étaler, de dominer, de disqualifier la question de l’autre. Il répond. Il explique. Il accepte d’être contredit, parce que la contradiction fait partie du chemin vers la vérité. La vraie connaissance rend humble Dans mes missions d’expertise, j’ai appris à me méfier de ceux qui répondent trop vite et trop sûrement. La vraie connaissance rend humble. Elle oblige à dire « je ne sais pas » quand c’est la vérité et aussi à oser faire appel à un sachant quand on atteint ses propres limites, à laisser les faits parler plutôt que les certitudes. C’est inconfortable mais c’est pourtant exactement ce qu’on attend d’un expert. Dans notre monde, celui qui parle le dernier et le plus fort l’emporte trop souvent. Peu importe la véracité, peu importe les faits. Goebbels, dont on ne peut que condamner la totalité de l’œuvre, avait cyniquement théorisé ce principe : plus le mensonge est gros, mieux il passe… et plus il est répété, plus il devient vérité aux yeux de ceux qui n’écoutent que pour entendre ce qu’ils veulent déjà croire. C’est le triomphe du savoir creux sur la connaissance, l’apogée du complotisme de toute nature. Le désert est habillé en certitude. Rabelais écrivait en 1532 : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » La CECAD, du temps de ma présidence, a fait de cette phrase le titre d’un colloque que nous avons organisé, « Science, Conscience et Justice ». Cinq cents ans plus tard, elle n’a pas pris une ride.

Reconnaissance — citation d’Albert Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent »
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Reconnaissance

Il y a quelques jours, dans un train en gare de Lille, j’ai vu une jeune femme qui tentait de descendre avec une poussette, un enfant dedans, un sac sur l’épaule, et personne autour qui semblait avoir remarqué. Je me suis pressé. Ça a pris moins de trente secondes. En me quittant sur le quai, elle m’a souri. Pas un merci poli, un vrai sourire, le genre qu’on ne fabrique pas. J’ai pensé à autre chose deux minutes plus tard, mais ce sourire, lui, est resté quelque part, longtemps. Il y a trois semaines, dans une agence bancaire, j’ai vu un monsieur âgé qui attendait debout depuis un bon moment, sans rien pour s’asseoir, les mains crispées sur son dossier. Je lui ai proposé ma chaise. Il a refusé une fois, accepté la deuxième, avec cette pudeur des gens qui n’ont pas l’habitude qu’on fasse attention à eux. En partant, même chose : un sourire, presque gêné. Ce sourire-là aussi, je l’ai gardé. Ce genre de reconnaissance ne s’achète pas et ne se planifie pas. Elle surgit au coin d’un quai ou d’un guichet, elle dure trois secondes, et elle vaut souvent plus que bien des compliments soigneusement construits. La reconnaissance qui ressemble à une drogue Il existe pourtant une autre forme de reconnaissance, celle qu’on traque sans vraiment ou plutôt sans jamais se l’avouer. Celle qui ressemble à une drogue. Celle qui s’assimile à un carburant qu’on brûle. On obtient une validation, une approbation, et aussitôt on court après la suivante. Cette reconnaissance-là, celle qu’on consomme sans jamais être vraiment rassasié, ne comble rien. Elle occupe, elle épuise, et le vide qu’elle était censée remplir est toujours là le lendemain matin. Il y a aussi la reconnaissance qu’on offre sans en attendre le moindre retour. Pas la générosité au sens religieux du terme, qui calcule en secret, pour, qui sait, bénéficier d’un au-delà radieux, mais celle qui part simplement parce qu’on a vu quelqu’un, vraiment vu, au bon moment. C’est peut-être la forme la plus rare et la plus précieuse. La reconnaissance dans l’expertise Dans mes missions, la reconnaissance professionnelle ne se décrète pas. Elle circule par le bouche-à-oreille, d’avocat à avocat, de magistrat à magistrat, lentement, discrètement. Tel expert a rendu un rapport solide sans chercher à épater la galerie et dans un délai raisonnable. Tel autre a su reconnaître ses limites et faire appel à un sachant plutôt que de s’aventurer hors de son domaine. C’est comme ça qu’une réputation se construit, pas à coups de certitudes affichées ni de diplômes étalés sur une carte de visite. Dans une famille, on ne félicite pas, on ne remercie pas, parce qu’on fait confiance. C’est une façon d’aimer qui ne s’exprime pas beaucoup. Je le comprends. Je ne l’ai pas toujours bien vécu. Alors quand un inconnu sourit trente secondes sur un quai de gare, ça compte. Peut-être plus qu’on ne voudrait l’admettre. Albert Camus écrivait : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. »

Écoute — citation de Lao Tseu : « Savoir écouter, c’est presque répondre »
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Écoute

Il y a trente ans, je dirigeais une équipe d’une vingtaine d’ingénieurs que l’on appelait RTC, soit Relation Technique Clientèle, qui se déplaçaient dans des entreprises à travers toute l’Europe pour aider les clients à la mise en œuvre mais aussi, quelques fois, pour traiter des réclamations. Avant chaque visite, je leur donnais une consigne que beaucoup trouvaient déconcertante au départ : notez les questions que vous posez et les remarques que le client vous fait, pas les réponses que vous lui donnez. Certains me regardaient avec l’air de quelqu’un à qui on vient de demander d’écrire de la main gauche. On apprend infiniment plus des informations qu’on reçoit que de celles qu’on dispense. Il m’a fallu du temps pour les en convaincre. Les plus récalcitrants ne l’ont jamais vraiment admis, et ça transpirait dans leurs comptes rendus. C’est pourtant la leçon la plus utile que j’aie tirée de cette époque, et elle m’accompagne encore aujourd’hui dans mes missions d’expert judiciaire. La vraie compétence n’est pas de tout savoir Si un expert vous affirme qu’il maîtrise tout dans sa spécialité, méfiez-vous sérieusement. Les rubriques et spécialités couvrent des domaines bien plus larges que ce qu’un seul individu peut prétendre connaître parfaitement. La vraie compétence d’un expert ne réside pas dans l’étendue de son savoir, elle réside dans sa capacité à écouter, à analyser, à vérifier, et à savoir faire appel à un sachant quand c’est nécessaire, sans en avoir honte. Une semaine ordinaire dans ma pratique, c’est parfois le lundi sur un centre de lavage, le mardi sur un site de découpe de verre, le mercredi dans une fromagerie, et le vendredi sur des problèmes d’oxydation d’huisseries métalliques. Des univers radicalement différents, quatre vocabulaires, quatre logiques industrielles, quatre façons de voir un problème, des approches des parties très disparates. Personne ne peut prétendre tout maîtriser. Ce qu’on peut faire, c’est arriver avec un cerveau ouvert, sans certitudes toutes faites, écouter toutes les parties et leurs conseils, noter les remarques plutôt que ses propres réponses, analyser, chercher les sources, répondre aux dires par écrit, puis rédiger des comptes rendus qui restituent fidèlement ce qu’on a compris et vérifié. Et en aucun cas ce qu’on croyait savoir avant d’entrer dans la salle ou sur le site de production. Et une chose primordiale, il faut accepter de changer d’avis compte tenu des éléments nouveaux versés au dossier, mais il faut l’expliquer. Entendre ce qui ne se dit pas L’écoute en expertise, c’est aussi entendre ce qui ne se dit pas clairement. Une hésitation, une réponse qui arrive trop vite, une formulation qui tente de changer de sujet. Les parties ont leurs intérêts, leurs conseils aussi, et parfois leurs non-dits en disent plus long que leurs conclusions écrites. L’expert qui n’écoute que pour confirmer ce qu’il pensait avant la réunion ne sert personne, ni les parties, ni le juge qu’il est censé éclairer. Écouter, c’est accepter d’être parfois surpris, dérangé, obligé de revoir ce qu’on croyait acquis. C’est quelques fois inconfortable et c’est sûrement exactement pour ça que si peu de gens le font vraiment. Il y a plus de 2500 ans, Lao Tseu pensait : « Savoir écouter, c’est presque répondre. »