Dans nos missions d’expertise, on attend de nous que nous tranchions, que nous décidions, que nous apportions une réponse claire à des situations réputées inextricables (sinon, à quoi servirait l’expert…).
Mais la sagesse ne consiste pas toujours à décider ; elle consiste dans notre cas à éclairer.
L’histoire de Salomon l’illustre avec force. Face à deux femmes revendiquant le même enfant, il ne choisit pas entre deux versions opposées ; il crée les conditions pour que la vérité se révèle d’elle-même. En proposant de partager l’enfant, il ne décide pas, il provoque une réaction… et, dans cette réaction, la vérité s’impose.
Dans nos missions d’expertise, cette posture prend tout son sens. Notre rôle n’est ni de prendre parti, ni de forcer une conclusion. Il est par contre de structurer, d’analyser, de mettre en lumière. Il est d’organiser les éléments du dossier, de confronter les points de vue, de poser les bonnes questions, celles qui permettent de dépasser les positions initiales et de faire émerger une compréhension plus juste.
Mais cette mise en lumière ne peut se faire hors du temps. Le temps de l’expertise est une donnée essentielle : temps du contradictoire, temps de la réflexion, temps nécessaire pour que les positions évoluent et que les évidences apparentes soient analysées, interrogées.
Vouloir aller trop vite, c’est risquer de figer une compréhension incomplète ; mais ne jamais conclure, c’est laisser le temps diluer la portée même de l’expertise.
Cette exigence s’inscrit d’ailleurs dans une continuité. Après avoir évoqué le doute comme une discipline nécessaire, l’optimum comme un point d’équilibre à atteindre, ou encore l’indépendance comme une ligne de conduite, la sagesse apparaît comme une forme de synthèse.
Elle ne remplace pas du tout ces exigences, elle les ordonne.
L’expert n’est pas celui qui impose une vérité, mais celui qui rend possible son apparition.
Cela suppose une forme de retenue, presque une discipline : ne pas céder à la tentation de conclure trop vite, ne pas combler les silences, ne pas simplifier à l’excès ce qui mérite d’être compris dans toute sa complexité. Cela suppose également d’accepter que la vérité ne soit pas toujours immédiate, qu’elle se construise progressivement, dans le temps, au fil du contradictoire et des échanges.
La sagesse de l’expert, c’est peut-être cela : ne pas chercher à avoir raison à tout prix, mais permettre à ce qui est juste d’apparaître, au moment où cela peut encore éclairer celui qui aura à décider.
Car une vérité imposée reste contestable, alors qu’une vérité révélée s’impose d’elle-même.
Comme le rappelait Albert Einstein : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. »
Une phrase simple, mais, en expertise, une clé de lecture…





