Ce mot m’est revenu récemment, en repensant à une mission qu’on m’avait proposée liée à une introduction en bourse.
Très vite, on m’avait suggéré de signer des documents destinés à être déposés auprès de l’AMF — sans que je procède moi-même à l’ensemble des vérifications que j’estimais indispensables. En clair : considérer comme acquis, valide, certifié, ce que j’étais précisément censé contrôler.
La situation était très “très” inconfortable pas sur un plan technique mais sur le plan humain.
Très rapidement, j’ai décidé d’arrêter cette mission, sans même réclamer les frais déjà engagés mais simplement parce qu’il m’était impossible de signer ce que je n’avais pas vérifié moi-même. Croyez moi, cela n’a vraiment pas été simple …
Je sais qu’une autre personne, quelque temps plus tard, a accepté ce qui m’avait été proposé.
Cette situation m’a forcé à me poser une question simple : qu’est-ce que la rigueur recouvre vraiment ?
Lorsqu’un document engage la confiance d’investisseurs ou d’institutions, la rigueur cesse d’être une précaution technique. Elle devient une responsabilité, elle n’est ni une méthode, ni une posture. C’est une manière d’être — et en particulier dans ce cas d’une certaine idée que l’on a de soi-même.
Dans nos missions d’experts de justice, elle se manifeste rarement dans les grandes démonstrations, elle apparaît surtout dans ces moments pendant lesquels il faut accepter de ralentir, de poser des questions qui dérangent, de vérifier encore quand tout semble déjà cohérent comme une évidence.
La tentation inverse existe bien sûr : faire confiance trop vite, considérer qu’un contrôle a déjà été réalisé, signer parce que l’ensemble paraît raisonnable.
Mais la rigueur commence précisément là où l’on refuse ce raccourci.
Dans ces cas, elle est moins une question de compétence qu’une question de conscience.
Elle ne protège pas seulement l’expert, elle protège aussi ceux qui, un jour, s’appuieront sur ses conclusions pour prendre des décisions qui comptent.
Nicolas Boileau disait : « Hâtez-vous lentement. »
Trois siècles plus tard, la formule tient toujours… Aller vite ne dispense jamais de vérifier où l’on engage sa signature, et a forciori ni ce qu’elle dit de soi.
Et vous — avez-vous déjà été confronté à ce type de choix ? Si oui, comment vous en êtes vous sorti ?





