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Solitude…

Un dossier sur le bureau, des centaines de pages parfois, des questions posées par le juge, précises, encadrées, et pourtant… dès les premières heures, une certitude se fait jour doucement : la vraie réponse n’est pas là où tout le monde la cherche. C’est dans ce moment-là, ce moment précis, que commence la solitude de l’expert. Pas une solitude de l’abandon mais une solitude de la responsabilité, celle de celui qui voit quelque chose que les autres ne voient pas encore, ou plutot ne veulent pas voir, et qui doit trouver comment le dire, ou plutôt comment le faire comprendre, sans pouvoir toujours l’écrire frontalement au risque de se voir désavouer voire révoquer. Il m’est arrivé de passer plus trois heures sur une seule phrase. Ce n’était pas par manque de mots mais par excès de réalité. J’ai en tête une affaire dans laquelle un client et un fournisseur avaient signé un contrat qui n’avait ni queue ni tête… et pour cause : leurs intérêts personnels s’étaient mélangés à leurs intérêts professionnels d’une façon que personne ne voulait voir en face, n’acceptait la réalité. La vérité était là, lisible pour qui voulait bien regarder, mais elle n’était pas dans les questions posées par le juge, dans les missions qui lui avaient été données. Alors on écrit, on choisit bien sur chaque mot, on pèse chaque virgule ou quelques fois les points de suspension… on cherche la phrase qui dit sans dire, qui montre sans désigner, qui éclaire sans éblouir. C’est un travail solitaire, c’est un travail profondément solitaire ! Cette solitude-là, celle de l’expert face à sa page blanche, n’est pourtant pas si différente de celle que chacun connaît à un moment ou un autre. On peut être entouré et se sentir seul. On peut être dans une pièce pleine de monde et n’entendre que le silence. On peut partager un toit, une table, une vie… et traverser des nuits entières sans que personne ne sache vraiment ce qu’on porte. La solitude ne prévient pas. Elle s’installe sans bruit, souvent là où on ne l’attendait pas, et elle prend des visages très différents selon les moments de la vie. Fils unique, j’ai perdu mon père à dix-neuf ans, un jeudi. Il était certe malade depuis quelques mois et voulait même en finir. Ce jour-là, j’ai compris que certaines solitudes arrivent d’un coup, sans crier gare, et qu’elles ne partent plus vraiment ; elles changent de forme, elles s’apprivoisent, mais elles restent là, quelque part, discrètes et tenaces. Je me suis trouvé être le seul homme de la famille sans y être préparé. Presque tous les hommes de ma famille s’en vont avant 45 ans… Avec le temps, j’ai appris à habiter cette solitude. Avec le travail, souvent, avec les autres, quand ils sont là, avec les mots, aussi … parce qu’écrire, écrire des articles sur Linkedin, au fond, c’est une façon de ne pas être tout à fait seul. Mais l’expert, comme tout être humain, a besoin d’autre chose que du travail… Jacques Brel le savait mieux que quiconque. Dans Jef, il chantait à son ami au bord du gouffre : « Non, Jef, t’es pas tout seul… » Quelques mots mais très certainement les mots les plus importants qu’on puisse dire à quelqu’un.

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Goliath contre David

Dans nos missions d’expertise judiciaire, le temps est donc loin d’être neutre. En pratique, il devient souvent l’allié du plus solide, du plus riche… donc du plus puissant. Car tenir dans la durée a un coût, un coût financier, bien sûr, mais aussi un coût en énergie psychique. Et ce n’est pas toujours la victime, ni même le demandeur, qui est le plus endurant. Le déséquilibre se crée là. Il ne faut pas oublier non plus que l’expertise ne tranche pas le litige. Elle éclaire. Ensuite, il faut assigner, repartir dans un nouveau débat, parfois dans une nouvelle expertise, puis éventuellement les voies de recours… Pendant ce temps, les coûts s’accumulent, pour les parties, mais aussi pour ceux qui interviennent au dossier. C’est sans doute ce qui explique le recours croissant à la médiation : un cadre plus rapide, plus lisible, avec un budget mieux maîtrisé. Comme le rappelait Jean de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir. » La formule est ancienne mais, dans sa vérité réaliste, elle reste pourtant d’une actualité troublante. Une fois encore, je remercie Philippe CHOULET, philosophe, pour sa relecture attentive. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice

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Absurde… et si …

On réserve ce mot volontiers à ceux qui dérapent, à ceux dont les propos n’ont ni queue ni tête, à ceux dont on dit, avec un sourire désabusé, qu’« on ne sait plus très bien ce qu’ils racontent » voire « qu’il n’y a pas la lumière à tous les étages » ou même dans notre région des Hauts de France « il est bien brave ». Dans la conversation courante, l’absurde, c’est toujours l’autre et jamais soi ! Et puis, dans un autre lieu, très haut dans les étages, étages tous très éclairés bien sûr, on y rencontre l’absurde noble, celui des philosophes et des dramaturges les Camus et son rocher éternellement remonté ou Ionesco et sa cantatrice chauve qui n’est ni chauve, ni cantatrice. Là, l’absurde devient un genre, une œuvre, une vision du monde. C’est du sérieux et c’est si respectable que cela s’enseigne dans nos collèges et lycées ! Pourtant, dans nos missions en tant qu’expert de justice, l’absurde n’a rien du défaut de l’autre, ni de l’envergure du philosophe. C’est, plus simplement, un outil, mais un outil redoutablement efficace. Quand on nous confie une mission et que les causes d’un sinistre, d’une rupture, d’un dommage, ne se laissent pas saisir directement, et c’est souvent, voire toujours le cas, il reste un chemin, ce chemin que les anciens appelaient reductio ad absurdum : le raisonnement par l’absurde ou apagogie si on a l’envie d’étaler sa culture …comme d’autres étalent … Le principe est tout simple, niveau collège. On prend chacune des hypothèses avancées par les parties, toutes, sans exception, sans en privilégier aucune : celle du demandeur, celle du défendeur, celle qui surgit dans une note technique versée au dossier, ou au détour d’un dire. On les écoute, on les prend au sérieux… Et on les éprouve, une à une, contre le réel. On découvre alors, très souvent, que la première hypothèse n’est pas tenable parce qu’un paramètre matériel la contredit, que la deuxième ne résiste pas au calcul, que la troisième repose sur des données que les pièces versées au dossier interdisent. Une à une, elles tombent. Et quand on a éliminé tout ce qui ne peut pas être, ce qui reste, aussi inattendu soit-il, s’impose. Voilà l’absurde, au sens noble du terme, non pas une échappatoire, mais une méthode ; non pas un délire, mais une discipline, une approche rigoureuse, non pas l’abdication de la raison, mais son exigence la plus élevée. Je dirais même que cette façon de raisonner a quelque chose de profondément « démocratique ». Elle oblige à examiner toutes les hypothèses, y compris celles qui paraissent les plus improbables. Elle interdit à l’expert de choisir « son » scénario : elle lui impose de tester ceux des parties. Elle protège contre la facilité ou contre une conviction trop rapide. En fait, elle protège l’indépendance ou l’impartialité de l’expert lui-même. Et elle nous rappelle une vérité que j’apprécie particulièrement : l’absurde n’est pas le privilège de quelques-uns. Il n’est réservé ni à ceux qui s’égarent, ni aux philosophes du XXᵉ siècle. C’est aussi un instrument de pensée, à condition, bien sûr, de savoir s’en servir. À chacun, donc, son absurde. Le mien, je l’avoue, est plus modeste que celui de Camus ou de Ionesco. Cet absurde a un mérite que le rocher de Sisyphe n’a pas : il finit, parfois, par dire quelque chose de vrai dans un temps raisonnable. Je laisse pour finir évoquer l’absurde par un personnage qui a fait de la méthode par élimination un noble art : « Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. » par Arthur Conan Doyle

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Formations versus illusions

Les offres de formation à l’expertise judiciaire se multiplient. Sur le principe, je n’ai rien à redire. Transmettre, informer, instruire et mettre à jour la culture juridique sont des tâches en effet indispensables. Mais, dans les faits, tout ne se vaut pas. On voit aujourd’hui des formations coûteuses, très théoriques, parfois dispensées par des intervenants qui ne pratiquent plus, voire qui n’ont jamais pratiqué l’expertise judiciaire. D’autres, proposées à la veille des dépôts de candidatures, laissent entendre qu’elles pourraient « aider » à être inscrit. Tout se passe comme si la formation dans ces domaines de l’expertise était un… “fromage” Soyons clairs : on ne devient pas expert en quelques heures de visioconférence en particulier quand on peut se faire remplacer par son voisin. Car l’expertise commence là où les supports de formation s’arrêtent. Gérer un contradictoire tendu. Encaisser des écrits agressifs. Tenir une réunion qui dérape. Produire une analyse solide, intelligible, utile au juge. Tout cela ne s’apprend pas en accéléré. Tout cela se construit dans la pratique. Dès lors, une évidence : s’autoriser à former à l’expertise judiciaire suppose de l’exercer réellement… Comme on n’apprend pas à conduire avec quelqu’un qui n’a jamais pris le volant. Au-delà des formations elles-mêmes, c’est la crédibilité de toute une fonction qui est en jeu. Car il ne s’agit pas seulement d’apprendre des règles. Il s’agit d’adopter une posture, une exigence d’indépendance, une responsabilité. Et cela ne s’improvise pas. Comme le rappelait Aristote : « Les choses que nous devons apprendre à faire, nous les apprenons en les faisant. » La formule est simple et elle devrait, pourtant, s’imposer comme une évidence. Comme d’habitude je tiens à remercier très sincèrement mon philosophe préféré en la personne de Philippe CHOULET. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice

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Dans les missions d’expertise judiciaire, il y a ce que l’on voit… et ce qui a profondément changé.

Il y a vingt ans et plus, les réunions d’expertise étaient des moments parfois tendus, bien sûr. Chacun y défendait ses intérêts, parfois avec vigueur. Mais il existait une forme de cadre implicite. Une tenue. Un respect des personnes, même dans le désaccord. Les avocats jouaient pleinement leur rôle. Ils canalisaient, reformulaient, apaisaient. Ils étaient, en quelque sorte, les garants d’un échange maîtrisé. Aujourd’hui, le climat est souvent différent. Les tensions sont plus immédiates, plus directes. Les positions se durcissent plus vite. Et les avocats eux-mêmes se trouvent parfois en difficulté pour contenir les réactions plus ou moins passionnelles de leurs propres clients. Les dires étaient autrefois structurés, réfléchis, filtrés. Ils portaient une argumentation suffisamment raisonnable pour être comprise et entendue. Désormais, ils laissent plus souvent passer des formulations offensantes, visant les personnes, des attaques ad hominem. Voire personnelles. L’attaque L’agressivité prend alors parfois le pas sur la démonstration, y compris à l’égard de l’expert. Il y a une perte de la vraie parole. Ce n’est pas neutre. Car l’expertise repose avant tout sur un cadre de confiance minimale. Sans cela, le débat technique se dégrade, se disperse, et perd en loyauté et en efficacité. Comme l’écrivait Blaise Pascal : « Toute notre dignité consiste donc en la pensée. » Peut-être est-ce là un point d’ancrage utile. Revenir à des échanges construits. À une parole maîtrisée. À une forme d’exigence dans la manière autant que dans le fond. Parce qu’au-delà des intérêts en présence, il y a aussi une responsabilité collective : celle de préserver la qualité de la parole et du débat. Et, finalement, le sens même de nos missions. Une fois encore, je remercie Philippe CHOULET, philosophe, pour sa relecture attentive. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice

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Le Temps en expertise

Dans les missions d’expertise judiciaire, le temps n’est jamais neutre, il est d’abord une condition, ensuite une garantie. Le temps du contradictoire, c’est celui qui permet à chacun de s’exprimer, de produire, d’interroger, de répondre, d’argumenter, d’objecter. Ce temps-là, réglé et bien maîtrisé, est indispensable. Il fonde la qualité de la mission et la solidité même de nos conclusions. Mais ce même temps peut, parfois, changer de nature et de valeur.Sous couvert d’exercice du contradictoire, il arrive qu’il devienne un outil, un levier, et même une arme, comme une manière de retarder, d’étirer, voire de déplacer le débat.Le temps n’est alors plus au service de la recherche de la vérité, mais il est utilisé comme une stratégie. C’est là toute la difficulté de notre mission d’expert judiciaire. Trouver le bon point d’équilibre. Laisser à chacun le temps nécessaire, sans pour autant laisser s’installer un temps qui n’apporte plus rien au débat technique, un temps vide, stérile et vain. Comme l’écrivait Sénèque : « Ce n’est pas que nous manquions de temps, mais nous en perdons beaucoup.» En expertise, cette phrase prend un relief très concret. Le temps de l’expertise, en tant que temps de travail collectif, doit rester un outil de clarification, et il ne doit jamais devenir un facteur de dilution.

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Formations versus illusions

Les offres de formation à l’expertise judiciaire se multiplient. Sur le principe, je n’ai rien à redire. Transmettre, informer, instruire et mettre à jour la culture juridique sont des tâches en effet indispensables. Mais, dans les faits, tout ne se vaut pas. On voit aujourd’hui des formations coûteuses, très théoriques, parfois dispensées par des intervenants qui ne pratiquent plus, voire qui n’ont jamais pratiqué l’expertise judiciaire. D’autres, proposées à la veille des dépôts de candidatures, laissent entendre qu’elles pourraient « aider » à être inscrit. Tout se passe comme si la formation dans ces domaines de l’expertise était un… “fromage” Soyons clairs : on ne devient pas expert en quelques heures de visioconférence en particulier quand on peut se faire remplacer par son voisin. Car l’expertise commence là où les supports de formation s’arrêtent. Gérer un contradictoire tendu. Encaisser des écrits agressifs. Tenir une réunion qui dérape. Produire une analyse solide, intelligible, utile au juge. Tout cela ne s’apprend pas en accéléré. Tout cela se construit dans la pratique. Dès lors, une évidence : s’autoriser à former à l’expertise judiciaire suppose de l’exercer réellement… Comme on n’apprend pas à conduire avec quelqu’un qui n’a jamais pris le volant. Au-delà des formations elles-mêmes, c’est la crédibilité de toute une fonction qui est en jeu. Car il ne s’agit pas seulement d’apprendre des règles. Il s’agit d’adopter une posture, une exigence d’indépendance, une responsabilité. Et cela ne s’improvise pas. Comme le rappelait Aristote : « Les choses que nous devons apprendre à faire, nous les apprenons en les faisant. » La formule est simple et elle devrait, pourtant, s’imposer comme une évidence. Comme d’habitude je tiens à remercier très sincèrement mon philosophe préféré en la personne de Philippe CHOULET. Compagnie des Experts près la Cour d’Appel de Douai Cour d’appel de Douai Ordre des Avocats au Barreau de LILLE Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris) Ministère de la Justice

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Indépendance

C’est un mot que l’on invoque souvent, mais dont certain en mesure mal l’exigence. L’indépendance de l’expert ne se limite pas à une simple déclaration en début de mission ; c’est une ligne de conduite, une construction quotidienne qui se tient, même quand le temps est à l’orage. L’expert évolue dans un environnement complexe ou s’entrecroisent les parties, leurs conseils mais aussi leurs attentes et de plus en plus les tensions. Et, de temps en temps, un pression médiatique peut s’inviter jusque dans les dossiers que l’on ne croyait que techniques. Dans ce contexte, l’indépendance n’est jamais acquise, elle se travaille, elle demande du courage pour résister aux influences extérieures et beaucoup de maitrise pour éviter ses propres biais. Il faut garder le cap, même quand la tempête pousse à s’en écarter. L’expert n’est en aucun cas juge, il contribue à une répondre à des missions qui exigent de la rigueur : produire une analyse libre, fondée, et pleinement assumée pour éclairer la justice. À cet égard, le rappel de Simone Rozès, dont on fête les 106 ans cette année, conserve toute sa force : l’indépendance n’est pas un privilège, mais une exigence au service de ceux pour lesquels la décision est rendue. L’expert, à son modeste niveau, en porte une part. Et dans le cadre de la justice, cette indépendance devient essentielle. Elle assure que chaque voix est entendue, chaque fait est scruté, et chaque décision repose sur des éléments factuels, des éléments établis. Comme le suggérait Madiba (j’ai habité pendant près de 3 ans dans “son” pays …) : « Il n’y a rien de tel que la liberté sans indépendance. » Une phrase simple : mais, en expertise, elle devient notre mantra.

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Envie

L’envie, un vrai moteur … mais gare aux sorties de route …  Cette envie nous pousse à avancer, à partager, à nous engager, que ce soit pour la justice ou, comme moi, au sein d’une compagnie d’experts. Mais attention, l’envie peut aussi prendre une autre tournure, elle peut aussi se transformer en un simple désir de reconnaissance, de visibilité. Certains sont prêts à tout pour avoir un nom sur une carte de visite, avec leurs titres, leurs fonctions, et pourquoi pas « expert de justice » ? D’autres vont même jusqu’à imaginer, voire préparer leur faire-part mortuaire, en ne laissant que quelques lignes pour la famille et les proches. Rien de mal à avoir « expert de justice » sur sa carte de visite, tant que ça ne devient pas une obsession. L’expertise, ce n’est pas juste une appellation, ça ne tient pas dans une ligne imprimée. ça se construit bien sûr dans les dossiers, dans le débat, dans l’exigence, souvent silencieuse, du travail bien fait. Quant à la présidence d’une compagnie d’experts que je quitte dans quelques semaines, elle implique se mettre au service, à l’écoute des adhérents, à l’organisation d’évènements, à la rencontre avec présidents et procureurs, supporter les personnes en difficulté, aider les nouveaux inscrits… en fait cela demande du temps, beaucoup de temps, du temps pris sur le reste qui ne diminue pas pour autant. L’envie, c’est donc un bon point de départ, mais il ne faut pas que ça devienne une fin en soi. Et si c’est le cas, cette envie passe d’une aspiration légitime à un faire-valoir, une illusion de statut. Comme il est écrit dans l’Évangile selon Matthieu, 6:21 : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Une phrase simple, mais qui pose la vraie question : où place-t-on vraiment le sens, voire le bon sens, de ce qu’on fait ?

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Manipulation

Ce mot dérange, voire offense. Il évoque immédiatement le négatif, une intention cachée, une volonté d’influencer, voire de détourner. Dans nos missions d’expertise, la manipulation peut être présente, bien qu’elle soit souvent subtile, diffuse et parfois même imperceptible. Dans nos missions, la manipulation peut prendre plusieurs formes.  Des questions orientées, un silence stratégique, des réponses partielles ou encore la mise en avant d’un élément précis pour en faire oublier d’autres sont autant de techniques qui peuvent être utilisées.  Il est important d’être conscient de ces actions pour mieux les appréhender et y répondre efficacement. Faut-il pour autant l’ignorer ?.. Je ne pense pas. Comprendre les tentatives de manipulation, c’est un peu comme décoder un puzzle.  Ça nous aide à saisir le dossier dans son ensemble, à repérer les tensions et les enjeux importants, et à identifier les points faibles. En bref, c’est une clé précieuse pour mieux appréhender la situation. Dans ce contexte, la manipulation devient presque un outil d’analyse, non pas pour s’y laisser prendre bien sûr, mais pour essayer de la comprendre. Dans son livre « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », Robert-Vincent Joule nous explique que la manipulation n’est pas toujours évidente. Elle se cache souvent dans des gestes du quotidien, presque imperceptibles, qui influencent nos choix sans qu’on s’en rende compte. En tant qu’expert, il est essentiel de rester attentif, d’écouter attentivement, d’observer et de croiser les informations et bien entendu prendre du recul pour disposer d’une perspective plus claire. Se laisser manipuler, c’est trop souvent perdre de vue “son propre point de vue”.  Mais ne pas repérer ces manipulations, c’est aussi risquer de passer à côté de l’essentiel. Comme le rappelait François de La Rochefoucauld : « Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu’à la fin nous nous déguisons à nous-mêmes. » Une formule ancienne, mais, en expertise, une invitation à rester attentif et lucide.