Eh, oui, la “fote d’ortograf” est volontaire, parce qu’en expertise judiciaire, parler de la vérité au singulier, est souvent une illusion.
Nous travaillons avec des faits, des pièces versées au dossier, des dires, des analyses techniques. Nous croisons les informations, nous vérifions les données, nous confrontons les hypothèses. Mais…. très vite, des écarts apparaissent.Une même situation peut être perçue différemment selon les acteurs, une chronologie se discute, une cause se nuance, une responsabilité se fragmente.
Et l’expert, au milieu de tout cela, n’a pas pour mission de “dire la vérité” comme une évidence absolue ; il doit construire une analyse argumentée, vérifiable et surtout compréhensible.
Il doit, en réalité, faire émerger une forme de cohérence parmi plusieurs vérités plurielles car chacun arrive avec la sienne ; la sienne, construite à partir de ses intérêts, de sa mémoire, de sa position dans le dossier. Bref, avec ses interprétations, qui sont des donations de sens et de signification plus ou moins raisonnables ou plus ou moins arbitraires.
Et c’est précisément là que réside la difficulté.
Ne pas céder à la tentation de simplifier à l’excès, ne pas trancher artificiellement, mais éclairer, avec rigueur, ce qui peut l’être.
Accepter aussi qu’il reste parfois une part d’incertitude, ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est une exigence.
Comme le rappelait Friedrich Nietzsche : « Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations. »
La formule est certes provocatrice mais, en expertise, elle invite surtout à rester lucide… Et à ne jamais confondre conviction… et démonstration.





