Dans les missions d’expertise judiciaire, le temps n’est jamais neutre, il est d’abord une condition, ensuite une garantie.
Le temps du contradictoire, c’est celui qui permet à chacun de s’exprimer, de produire, d’interroger, de répondre, d’argumenter, d’objecter.
Ce temps-là, réglé et bien maîtrisé, est indispensable. Il fonde la qualité de la mission et la solidité même de nos conclusions.
Mais ce même temps peut, parfois, changer de nature et de valeur.Sous couvert d’exercice du contradictoire, il arrive qu’il devienne un outil, un levier, et même une arme, comme une manière de retarder, d’étirer, voire de déplacer le débat.Le temps n’est alors plus au service de la recherche de la vérité, mais il est utilisé comme une stratégie.
C’est là toute la difficulté de notre mission d’expert judiciaire.
Trouver le bon point d’équilibre. Laisser à chacun le temps nécessaire, sans pour autant laisser s’installer un temps qui n’apporte plus rien au débat technique, un temps vide, stérile et vain.
Comme l’écrivait Sénèque : « Ce n’est pas que nous manquions de temps, mais nous en perdons beaucoup.»
En expertise, cette phrase prend un relief très concret.
Le temps de l’expertise, en tant que temps de travail collectif, doit rester un outil de clarification, et il ne doit jamais devenir un facteur de dilution.




