Kingsman, 2015 : Un film d’espionnage un peu (beaucoup) navet, mais qui avait quand même l’imagination d’un monde où la technologie devenait une arme de manipulation à grande échelle (en l’occurence de destruction massive … au moins dans les intentions).

Après avoir vu le film, j’avais eu une intuition bizarre… le monde était peut-être assez fou pour que cette fiction devienne un jour réalité … dans vingt ans au moins … au moins je l’espérais.

Depuis lors, Starlink existe, le Mossad a fait exploser des bipeurs au Liban, Elon Musk déploie des téléphones portables à l’échelle planétaire, et Trump, oui, même Trump essaie de faire de même, c’est dire ou va notre Société !

Mon intuition (mon cauchemar) de 2015 se réalise, beaucoup plus vite que prévu et pas dans le bon sens

Et pourtant, faut il pour cela jeter l’intuition comme étant systématiquement cauchemardesque ?

Albert Einstein avait seize ans quand il s’est posé une question qui n’avait rien de scientifique en apparence : que se passerait-il si je chevauchais un rayon de lumière ? Pas une équation, pas un calcul mais une image, une intuition d’ado. C’est de cette image-là qu’est née la théorie de la relativité. Il appelait ça des expériences de pensée. Il imaginait d’abord, il ressentait… et la démonstration venait ensuite … dans son cas des années plus tard.

Einstein a en effet transformé notre compréhension de l’univers sans partir d’une formule mais d’une intuition. Il a dit : “L’intuition est un don sacré, la raison un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don.”

Dans nos missions d’expertise judiciaire, on honore beaucoup le serviteur (la raison). Quoi de plus normal ? Un rapport se démontre, se justifie, se documente, on ne signe jamais sur un pressentiment. Mais nier complètement l’intuition est, je crois, une erreur.

Je me souviens d’un dossier transmis pour analyse après un accident du travail mortel. La scène avait été très largement modifiée avant l’arrivée de la police, des pompiers et de l’inspection du travail.

Dès les premières pièces, quelque chose me dérangeait, ce n’était pas encore une conviction, pas encore une hypothèse construite, juste une émotion portée par des éléments bizares de toute part : des détails qui ne s’emboîtaient pas et l’explication officielle (celle des réputés spectateurs) sonnait faux.

J’ai décidé ce jour d’au moins analyser cette intuition, comme une hypothèse parmi d’autres ni plus, ni moins. Je l’ai soumise aux faits comme l’ensemble des autres scénarios. Le résultat n’était pas exactement ce à quoi j’avais pensé mais n’en était pas très éloigné non plus.

La plupart du temps, l’intuition ne résiste pas à l’analyse, elle s’effondre au premier calcul, à la première contradiction matérielle. C’est très bien ainsi. Mais parfois, pas tout le temps, juste parfois… cela colle… je me souviens, au tribunal, on m’a demandé pourquoi j’avais pensé à cela … j’ai répondu que je l’avais senti … avant de le démontrer par les faits.

Un adolescent allemand qui imagine chevaucher la lumière ou un expert qui sent que quelque chose sonne creux dans un dossier qu’on lui a transmis ne sont bien entendu pas du même niveau, de la même échelle bien sur … mais n’oublions pas que “ L’intuition est un don sacré, la raison un serviteur fidèle.”

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