Je préviens d’emblée mes lecteurs : contrairement à mon habitude, cet article n’est pas une réflexion, c’est un vrai coup de gueule et aussi une mise en garde pour nos dirigeants.

Déjà, en 2000

La dernière fois que j’ai éprouvé une sensation de ce type, c’était en 2000, en sortant du cinéma où je suis allé voir Julia Roberts dans Erin Brockovich. J’avais alerté dès cette époque sur le chrome hexavalent, qu’on employait alors pour protéger les aciers galvanisés et traiter la surface des aciers prélaqués. On m’a traité d’oiseau de mauvais augure (et je reste poli… les termes employés étaient, à l’époque, beaucoup plus crus). Cela n’a pas duré très longtemps ; quelques semaines plus tard, on m’a donné raison, contre l’avis de presque tous les dirigeants de la société qui m’employait, à l’exception notable du premier d’entre eux qui m’avait demandé d’y aller.

Je rouvre le bec aujourd’hui. Et, cette fois encore, j’aimerais vraiment me tromper.

Qui tient la communication tient le monde

J’ai d’abord cru que j’allais écrire sur le téléphone, puis sur internet, puis, bien entendu, sur les réseaux sociaux, puisqu’on ne parle plus que d’eux et qu’ils manipulent les hommes et détruisent nos enfants. Et je me suis aperçu que je tournais, depuis le début, autour d’un seul mot caché sous les trois, et ce mot est bien sûr « Communication ».

Le mot, à l’origine, ne voulait pas dire « diffuser » comme maintenant. Communiquer, c’est en effet « mettre en commun » et pas seulement des textes et des voix mais aussi des biens. On l’a depuis complètement retourné. Aujourd’hui, communiquer, c’est émettre et dans une seule direction. Et celui qui « émet » pour tous finit par tenir tout le monde entre ses mains. Qui tient la communication tiendra et tient déjà le monde.

Les réseaux sociaux sont déjà sous la coupe de quelques-uns, et pas des plus fervents de la démocratie. Restent encore le téléphone et l’accès à internet, encore « maîtrisés », chez nous, par des sociétés européennes, parfois même nationales. Encore. C’est cet « encore » qui m’inquiète vraiment.

Deux avertissements que j’ai pris au sérieux

Deux événements m’ont ouvert les yeux, et j’en avais déjà parlé, il y a plus de deux ans.

Le premier est un film, présenté à sa sortie comme de l’anticipation, et pas très bon d’ailleurs, presque un navet : Kingsman. Un illuminé y distribue gratuitement des téléphones à la population entière… sauf que ces fameux téléphones commandent le cerveau de qui les porte et le poussent, à la demande, à détruire tout ce qui l’entoure : son voisin, sa famille, ses enfants, jusqu’au nouveau-né. Quelques privilégiés, choisis sur le volet et contre monnaie sonnante et trébuchante, disposent, eux, de quoi rester informés et se mettre à l’abri. Un peu le « Deepstate », mais habité par ceux-là mêmes qui « prétendent » le combattre.

Le second n’a rien d’un film. L’affaire des bipeurs du Hezbollah a permis au Mossad de frapper, en une fraction de seconde, des milliers de ses membres à la fois. À une autre échelle, non pas 3 000 mais des millions, c’est la même leçon : qui fabrique et distribue ces choses irremplaçables pour chacun d’entre nous, le téléphone mobile, et qui vous relie peut, le moment venu, le retourner contre vous. Tout cela nous semble loin de l’Europe. Nous ne nous équipons pas de bipeurs pour échapper à la géolocalisation. Nous portons tous ou presque, en revanche, et tout le temps, un téléphone.

La dernière brique

Et c’est là que je veux en venir. J’alerte sur ce point, à ma petite échelle, depuis septembre 2024. À l’époque, Starlink comptait environ 6 400 satellites. Il en a près de 10 000 aujourd’hui, une dizaine environ de plus chaque jour, et rien ne ralentit, bien au contraire. À lui seul, Starlink représente désormais près de deux satellites actifs sur trois. Le deuxième opérateur, Eutelsat OneWeb, en aligne 649. Autant dire rien ou presque.

Le même homme est aussi le plus riche du monde, quelque 800 milliards de dollars. Qu’il en ait perdu plus de 100 dans la foulée du raz-de-marée démocrate, le « blue-nami » des élections américaines du 3 novembre 2026, n’y change pas grand-chose : à ce niveau, ce n’est qu’une égratignure, ou un simple bouton d’acné sur le nez, certes. Il dément pour l’instant vouloir lancer son propre smartphone mais… il laisse la porte ouverte. Or c’est exactement la brique qui lui manque pour construire la forteresse dans laquelle il enfermera l’humanité.

Le jour où il la posera, plus rien ne l’empêchera d’étouffer d’abord nos opérateurs, en France Orange, Bouygues, Free, puis de tenir la totalité des échanges de la planète.

Et encore, il n’aurait même pas besoin d’attendre ce téléphone. Il suffirait que les câbles sous-marins, ces fibres intercontinentales posées au fond des océans par lesquelles passe presque tout ce que nous échangeons, soient coupés, « par accident » ou plus certainement par sabotage. Dans cette situation, son réseau de satellites devient, du jour au lendemain, le seul encore debout pour assurer les échanges indispensables à notre société. Rapide, on ne peut pas plus efficace, et à peu près impossible à surmonter. Je l’écrivais déjà sur X, en octobre 2024.

Et il faut mesurer ce que cela voudrait dire. Sans communication, plus de banque et donc plus de commande, plus de livraison, plus de facture… plus de courant non plus, ni d’eau, ni de carburant… et bientôt, plus rien dans les rayons. Seuls les producteurs locaux tiendraient mais pas très longtemps, ils ont aussi besoin de biens pour assurer leur production.

Qu’il soit né sous l’apartheid n’est pas, à mes yeux, un détail. On ne s’en remet pas à un homme qui a grandi en regardant une minorité tenir le reste sous sa coupe.

Je sais ce que cette mise en garde peut coûter : en évoquant la mort possible d’Orange, de Bouygues ou de Free, je pèse peut-être moi-même, à ma très modeste échelle, sur la valeur qu’on leur prête. J’en prends le risque, en conscience mais mieux vaut prévenir que guérir… et de la mort, on ne guérit pas.

Il est temps que les États, tous les États, mettent un frein à cette domination. Tant qu’il en est encore temps… et tant qu’il reste cet « encore ».

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