On me demande parfois ce qui distingue encore l’homme de la machine. Ma réponse est instantanée : la conscience. C’est le dernier domaine que les machines ne savent pas « encore » imiter. Cette Super Intelligence comme la nomme le « encore » président des États-Unis calcule, trie, elle fabrique des images et des films presque plus vraies que nature. Mais ce truc n’a pas et n’aura, je l’espère, jamais cette petite voix qui vous sort de votre sommeil profond parce que vous venez de penser à quelque chose qui ne sonnait pas juste et qu’il y a lieu d’approfondir.
Deux idées dans un seul mot
Une fois de plus, je ne peux que constater que la langue française est incroyable : elle a réussi à donner deux idées dans un seul mot.
Avoir conscience, c’est être réveillé, savoir ce qu’on fait. En avoir une, c’est autre chose… c’est sentir, dans ses tripes, ce qui est bien et ce qui ne l’est pas.
Le calculateur peut être « conscient » de milliards de données en une seconde, mais j’espère très sincèrement qu’il ne sera jamais doté d’une conscience…
Le serment de l’expert
Dans le serment que l’expert prête lors de son inscription sur la liste d’une cour d’appel, il y a ces mots : « en mon honneur et en ma conscience ». On ne les prononce pas, c’est le premier président qui énonce ce serment et les experts se lèvent, et prononcent uniquement « je le jure », la main droite levée. À ce moment précis, je ne suis pas sûr que lesdits experts sont à même de mesurer ce qu’ils engagent. Et c’est là, à cette seconde-là, que l’homme prend le pas sur la machine. Aucun algorithme n’a jamais rien juré. Un homme le fait, au moins devant un premier président de Cour d’appel ; alors quand je signe un rapport d’expertise, ce n’est pas une machine qui a éclairé le tribunal à ma place : c’est un homme qui répond, en mon nom, de ce que je conclus.
À l’inverse, je croise aussi des hommes qui semblent être presque totalement dépourvus de conscience. Je ne pense pas qu’ils sont nés sans, je crois en effet qu’on naît tous avec les mêmes possibilités. Chez certains, avec l’âge ou avec la fortune (ou les deux), l’ego a tout envahi. Certains ont réussi à développer le goût de nuire, ce plaisir froid de faire mal parce qu’on le peut, pour encore accroître sa puissance, sa domination, son égocentrisme jusqu’au stade le plus avancé de la paranoïa.
Chez ces derniers, un jour la voix se tait. Ils n’entendent plus rien, même pas les murmures de la nuit. Ces gens-là ne sont même pas assimilables à des machines ; ils sont pires, car même si la nature leur a donné une conscience, ils l’ont laissée mourir, noyée par leurs travers.
N’allez pas imaginer que je jette une ou des pierres sur ces individus, j’ai sûrement mes propres zones d’ombre, mais je me dis que la conscience n’est pas un acquis comme l’est la couleur des yeux qu’on garde toute sa vie sans rien faire. Je l’assimile plutôt à un feu qu’il faut entretenir pour ne pas le voir disparaître. On peut très bien finir riche, puissant, admiré, et creux (j’avoue que j’ai pensé à finir cette phrase par un autre mot que la morale réprime).
La vraie différence entre l’homme et la machine n’est pas si évidente. La machine n’a pas de conscience. C’est un fait, au moins jusqu’à ce jour (et espérons que cela le reste encore très longtemps). Mais elle, au moins, n’en a jamais eu à trahir.
Alors que l’homme, lui, en a reçu une. Reste à savoir ce qu’il en fera. Être un homme, c’est juste refuser de la laisser se noyer.





