Le mot dit le tout. Universum en latin : tout ramené à un. On ne fait pas plus grand. Et pourtant. L’univers, chez beaucoup, est tout sauf universel.

J’en connais, des gens dont le monde s’arrête à vingt kilomètres de la télévision qui trône dans leur cuisine. Ils n’ont pas la moindre envie d’aller voir ailleurs. Ou pas le courage, allez savoir. La Voix du Nord tous les matins, le Journal des Flandres une fois par semaine, qu’on se prête d’ailleurs de voisin à voisin, la télévision le soir à 20 heures, et voilà le tour du monde fait depuis le canapé. Ce qui se joue plus loin ? Ils en ont une idée. De seconde main bien sûr, un peu semblable à celle de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours…

Le pire n’est pas qu’ils restent là, sans la moindre envie d’aller voir ailleurs. C’est qu’ils ne veulent surtout pas se frotter à ce que pense l’autre. Montaigne, lui, disait qu’il faut frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui. Eux gardent leur cervelle au chaud, intacte, sous cloche. Une cervelle qu’on ne confronte jamais, ça finit par durcir. Le point commun est qu’on vous sort des avis bien tranchés sur la manière dont il faudrait tenir le pays. J’ose le mot : quasi dictatoriale. L’ordre d’abord, la liberté on verra.

Et quand je raconte ce qu’on a vécu, ma femme, mes enfants et moi, ailleurs, dans beaucoup d’ailleurs, parfois dans le dur, on me regarde comme un extraterrestre. Un peu de jalousie dans l’œil quand je montre les photos à dos d’éléphant, les plages d’Afrique du Sud, l’Australie mais aussi l’Inde, la Russie, l’Ukraine et bien d’autres endroits. Mais surtout de la peur. La peur qu’on ait infligé ça à Alex et Théo dès leur plus jeune âge. Les traumatismes qu’ils auraient forcément ramassés, pour eux c’est l’évidence. C’est gentil, d’un côté, ça part d’un bon sentiment. Mais ça dit tout : pour qui n’a jamais bougé, partir ne peut être qu’une épreuve. Jamais une chance, jamais l’occasion d’élargir le champ des possibles.

Je ne vais pas me donner le beau rôle. Même si j’ai parcouru cinq continents, mon univers aussi a ses murs, des pans entiers que je ne connais pas et que je juge sûrement de travers. Personne ne tient le monde dans sa tête. Seulement voilà : savoir que son coin n’est qu’un petit coin, ou le prendre pour la Terre entière, c’est très différent, on change d’échelle, de dimensions, de perspectives.

On s’enrichit en s’éloignant. C’est tout. Pas que les autres se trompent. Juste que notre coin est un coin. Rien de plus.

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