Beaucoup de personnes pensent que la force, c’est la dureté, mais aussi que le plus solide est le plus dur, le plus inflexible, celui qui ne plie jamais. Pour le métallurgiste que je suis, mais aussi pour le citoyen et l’expert, c’est faux, et les métaux sont là pour nous le rappeler : le plus dur est le moins résilient, le premier à casser.

Ce qui tient vraiment, ce n’est pas le dur, c’est le tenace.

Tenir, c’est tout le mot

Ténacité vient du latin tenax, de tenere, tenir. Le mot est de la même famille que tenir, retenir, maintenir, soutenir, obtenir, s’abstenir, et même tenaille, cet outil qui passe de génération en génération, qui serre et ne lâche plus.

Être tenace, ce n’est pas être dur : c’est tenir, tenir bon, et surtout tenir dans la durée.

Dur n’est pas tenace

En métallurgie, trois mots qu’on mélange sans cesse disent trois choses différentes.

La dureté, on la mesure par la résistance à la pénétration ; un métal très dur peut être cassant comme du verre.

La résilience, on la mesure par l’énergie qu’un métal encaisse quand on le frappe d’un coup sec, cette résilience dépend de la température à laquelle on conduit cet essai.

La ténacité, elle, c’est encore autre chose : la capacité à empêcher une fissure déjà présente de se propager. La tolérance au défaut, en somme.

Tenir avec ses fissures

Et c’est peut-être là la vraie leçon. La ténacité, ce n’est pas l’absence de fissure : c’est tenir malgré elle. Personne n’est sans défaut, aucune pièce n’est parfaite ; ce qui compte, c’est de ne pas laisser le défaut tout emporter. Le chanteur Leonard Cohen, que j’apprécie, a fait de la fêlure autre chose qu’une faiblesse : une ouverture, voire une opportunité, une chance : « C’est par la fêlure que jaillit la lumière ». C’est exactement la tolérance au défaut du métallurgiste, appliquée aux hommes.

Il ne faut pas confondre la ténacité avec la dureté, ni avec l’obstination. Le dur ne plie pas et finit par rompre.

L’obstiné s’accroche à une idée alors que le tenace, lui, tient un cap : il plie, il encaisse, il garde ses fissures et avance quand même. Ce qui dure, du métal à l’homme, n’est jamais le plus dur. C’est le plus tenace.

Pour conclure

Nous passons notre vie à vouloir être durs, sans faille, incassables. Le métal nous dit le contraire : accepte d’avoir des fissures, et tiens. C’est cela, la ténacité.

« Je plie, et ne romps pas. » Jean de La Fontaine, Le Chêne et le Roseau

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