Le chemin…

Dans la vie, on dit souvent que le chemin est plus important que la destination. En expertise judiciaire, c’est exactement la même chose. Le chemin, c’est la méthode de travail, et c’est parfois ce qui fait la différence entre un rapport solide et un rapport qui ne tient pas la route face aux questions.

Le chemin critique

En gestion de projet, le « chemin critique » désigne la séquence de tâches qui, si l’une d’elles prend du retard, impacte tout le reste du projet. Il est important de suivre les étapes pour garantir la réception du projet dans le délai défini.

Une expertise, cela ressemble à un voyage avec des étapes. On commence par le constat, puis on peut faire des prélèvements, et enfin, on passe aux tests en laboratoire. Il est important de suivre ces étapes dans l’ordre, car sauter une étape, même si on pense avoir déjà une idée de la destination, pourrait nous conduire à tirer des conclusions hâtives sur un chemin qu’on n’a pas vraiment exploré. Alors, prenons le temps de bien faire les choses et profiter du voyage.

La valeur d’un rapport d’expertise ne réside pas seulement dans sa conclusion, mais aussi dans le cheminement et la documentation qui y mènent.

Garder le choix du chemin

Dans ma vie d’avant, je travaillais régulièrement sur des litiges importants dans des pays lointains. Je préférais toujours négocier directement en anglais, sans interprète. Même si ça signifiait parfois perdre un peu en précision, j’aimais cette relation directe et le temps que ça me laissait pour réfléchir et analyser. Pour moi, un interprète, aussi compétent soit-il, crée une barrière entre deux personnes qui pourraient se parler directement.

Avant chaque réunion, je m’assurais bien sûr d’avoir préparé mon dossier. Mais je n’arrivais jamais avec une stratégie de négociation toute faite. Je préférais plutôt avoir plusieurs itinéraires en tête, et choisir, au fur et à mesure des discussions, celui qui semblait le plus prometteur. Et si une meilleure opportunité se présentait en chemin, je n’hésitais pas à changer de cap.

Que ce soit pour gérer un conflit avec un client, comme je le faisais lorsque je négociais les litiges qualité, ou pour mener à bien une expertise qui semble s’éterniser, le chemin vers une solution est rarement celui qu’on avait initialement imaginé. Mais c’est aussi ce qui rend chaque situation unique et très enrichissante.

Il est important de rester flexible et ouvert à l’idée de changer de cap si une meilleure opportunité se présente, plutôt que de s’accrocher obstinément au plan initial.

Montrer le chemin

Imaginez un rapport qui se contente de déclarer sa conclusion, sans vous expliquer le chemin parcouru. Il demande de fait au juge de lui faire confiance, sans lui donner les éléments pour comprendre. En revanche, un rapport qui explique son raisonnement, qui mentionne les hypothèses écartées, les essais qui n’ont pas fonctionné, les détours pris, permet au juge de vérifier par lui-même que la conclusion est la bonne.

C’est là toute la différence entre un avis et une démonstration.

Documenter le cheminement d’une analyse est essentiel pour permettre un débat contradictoire qui est et doit rester la pierre angulaire d’une expertise judiciaire. Une partie ne peut sérieusement contester une démarche qu’elle peut suivre étape par étape. En revanche, elle est en droit de contester une destination annoncée sans qu’on lui ait expliqué le chemin parcouru. Loin d’alourdir un rapport, documenter ce cheminement le rend plus solide, plus discutable et, au final, plus crédible.

Je pense aussi à ces rapports qui ne sortent jamais, faute d’être achevés. Le problème, souvent, n’est pas la destination, que l’expert connaît déjà. C’est qu’il n’a pas fini de tracer le chemin qui permettrait de la partager avec d’autres, de façon vérifiable. Un chemin inachevé ne mène nulle part, même quand on sait très bien, soi, où il aurait mené.

Dans la vie comme dans un dossier d’expertise, le chemin parcouru est souvent plus important que la destination finale. Une belle destination atteinte par un chemin douteux ne convainc pas vraiment. En revanche, un chemin honnête, bien documenté et vérifiable, apporte une réelle valeur à la destination, quelle qu’elle soit.

Et pour conclure cet article… cela n’a pas été simple de choisir la maxime, je vous en propose, non sans provocation, une très mathématique du couple Francis Blanche et Pierre Dac :

« Le chemin le plus court d’un point à un autre est la ligne droite, à condition que les deux points soient bien en face l’un de l’autre. »

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