Pour une fois, cet article n’est pas expertal. Il est sociétal. Ou plutôt, il l’est presque, tant les deux se rejoignent parfois plus qu’on ne le croit.

Une Société de cultures

La Société, avec un grand S, est faite d’un ensemble de cultures. Elle est traversée d’histoires différentes, de conflits anciens ou présents, qui rendent difficile toute discussion apaisée entre ses habitants. Bien souvent pourtant, ces différends ne sont que la décision d’un tout petit nombre de personnes à la tête des États, pour satisfaire leur ego, ou parfois pour s’enrichir, eux ou leur cercle le plus proche.

Ce sont rarement les peuples qui se détestent d’eux-mêmes. Ce sont plus souvent quelques-uns qui leur désignent un ennemi commode, pour mieux détourner leur regard d’autre chose. La culture ou la religion de l’autre devient alors un prétexte, quand elles devraient rester une richesse.

Je repense à un texte que mon professeur d’anglais nous avait demandé d’étudier, au début de l’année 1972, alors que je n’étais qu’en cinquième : Imagine, de John Lennon.

Imaginer un monde où chacun vivrait en paix reste sans doute un rêve que nous espérons tous voir se réaliser un jour.

Le poids de l’histoire

Au-delà des egos, un autre outil est mis en œuvre, un outil qui abroge très souvent toute réflexion raisonnable : les religions, les croyances.

La France a connu, aux moments les plus sombres de son histoire, des atrocités qui ont opposé deux communautés nationales. Dans mon village, Oost-Cappel, en janvier 1567, des habitants d’Hondschoote, la « paroisse voisine », à moins de cinq kilomètres, sont allés jusqu’à tenter de pendre le curé du village, Henri Turck, parce qu’il ne partageait pas leur religion. Cette histoire-là ne s’est terminée qu’avec un curé aux oreilles coupées et une histoire à relater sur un site internet : oost-cappel.eu. Mais on a compté plusieurs dizaines de milliers de morts entre 1562 et 1598, année où le roi de France en a eu assez, et a signé un décret instaurant, entre autres, la liberté de conscience et la liberté de culte. Cette décision lui a valu une mort brutale, un peu plus de douze ans plus tard.

Ce qui me frappe, dans cette histoire comme dans tant d’autres, c’est la disproportion. Un désaccord de conscience, entre voisins qui auraient pu partager le même pain, a fini par coûter des dizaines de milliers de vies, probablement plus d’un million si l’on prend en compte la famine qui a découlé des désordres dans la société, dans un pays qui ne comptait que seize millions d’habitants, soit près de 10 % de la population. Et il aura fallu près de quarante ans, et un roi excédé, pour que la raison l’emporte enfin sur la conviction.

Alors oui, tentons d’apprendre du passé. Apprenons de notre histoire, pour éviter des conflits qui n’apportent que le malheur du plus grand nombre, et la frénésie de quelques-uns.

Débattre, pas se battre

Faisons en sorte que chacun puisse vivre dans un espace commun, sans obliger les uns à se conformer au désir des autres. Faisons en sorte que la politique, au sens noble du terme, laisse chacun croire ce qu’il veut, sans que cela n’empiète sur la liberté des autres.

Débattre vient de battre, précédé du « dé » privatif. J’aime à le lire ainsi : parler, précisément pour ne pas se battre.

Je rêve d’un temps où chacun pourra échanger avec les autres, y compris de culture différente, sans que cela ne conduise à une confrontation. J’essaie, à mon échelle, d’organiser une réunion où des interlocuteurs de cultures et de religions différentes partageront leurs idées sur une chose qui leur est commune : « le temps ».

J’ai choisi le temps précisément parce qu’il n’appartient à personne. Il passe de la même façon pour chacun d’entre nous, quelle que soit sa culture ou sa religion. Il use les corps, façonne les souvenirs, nourrit les espoirs, de la même manière partout. C’est un terrain sur lequel personne n’a besoin d’avoir raison contre l’autre. Partager, et non confronter. Mettre en avant ce qui nous unit, et non ce qui nous divise.

J’espère que cet événement aura lieu dans les tout prochains mois. Wait and see. Et ayons, en l’écrivant, une pensée pour feu John Lennon.

Recevez mes nouveaux articles

Inscrivez-vous pour recevoir par e-mail mes nouveaux articles et notes techniques.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Facebook
Twitter
LinkedIn

Articles récents

Chemin