J’ai prêté serment quatre fois dans ma vie d’expert de justice : devant la Cour d’appel, devant la Cour de cassation, au Luxembourg et en Belgique. Chaque fois, le même rituel : les ors de la salle, les robes rouges du premier président et du procureur général, le silence qui s’installe avant qu’on appelle votre nom. On écoute, on se lève, on lève la main, on prête serment… Vu de l’extérieur, ça ne dure que quelques secondes et ça n’a rien de spectaculaire ; mais pour celui qui se lève, c’est tout autre chose.
Quatre verbes qui disent tout
La formule ne varie presque pas d’une juridiction à l’autre : « je jure d’apporter mon concours à la justice, d’accomplir ma mission, de faire mon rapport et de donner mon avis en mon honneur et en ma conscience ». Quatre verbes, et pourtant ils résument à peu près tout ce que ces missions exigent. Apporter son concours, ce n’est bien entendu jamais se mettre au service d’une partie. Accomplir sa mission, c’est aller jusqu’au bout, même quand le dossier traîne ou que personne ne facilite les choses. Faire son rapport et donner son avis en honneur et en conscience, c’est s’engager à ne jamais écrire autre chose que ce qu’on croit vrai, même quand la vérité dérange.
Porter la voix de ses confrères
J’ai aussi eu l’occasion, à quatre reprises, de prendre la parole dans ces mêmes enceintes, en tant que président d’une compagnie d’experts pluridisciplinaire. C’est un exercice différent : je ne jurais plus pour moi seul, mais je portais la voix de tous mes collègues — et de tous mes futurs collègues. Je peux vous assurer que c’est tout aussi inoubliable, sinon davantage.
Un engagement, pas une formalité
La prestation de serment a lieu une fois, lors d’une cérémonie de quelques minutes, et l’on est censé s’y tenir pour toute la durée de son inscription. Ce n’est pas une formalité administrative qu’on coche et qu’on oublie : c’est un engagement qu’on retrouve, sans s’en rendre compte, à chaque dossier qu’on ouvre, à chaque rapport qu’on signe.
Cicéron disait : « Le serment est le plus sacré des liens que les hommes aient inventés pour s’obliger les uns envers les autres. » Vingt siècles plus tard, c’est très exactement ce qui me retient, certains soirs, de céder à la facilité plutôt qu’à la vérité.
Un expert qui oublie son serment n’est déjà plus tout à fait un expert.





